Dans les montagnes de l’Ain, un observatoire forestier pour suivre l’évolution des forêts face au changement climatique

Depuis 2008, l’ONF pilote un observatoire forestier sur les montagnes de l’Ain afin de mieux connaître l’état des forêts et leur évolution dans le temps. Les résultats de la campagne 2024 confirment une tendance marquée : baisse de la production forestière, augmentation de la mortalité des arbres et évolution progressive des essences.

Un observatoire pour mieux comprendre les forêts du territoire

Localisation des placettes  de l’Observatoire  Forestier de l’Ain et  répartition des  différentes strates  d’analyse
Localisation des placettes de l’Observatoire Forestier de l’Ain et répartition des différentes strates d’analyse - ©ONF

L’observatoire forestier des montagnes de l’Ain a été lancé en 2008, initialement pour suivre les forêts de la réserve naturelle nationale de la Haute Chaîne du Jura et du Haut-Bugey. 417 placettes étaient alors mesurées. Face à l’intérêt des données collectées, le dispositif a progressivement été étendu à l’ensemble du massif.

En 2024, les forestiers ont réalisé un troisième passage sur 732 placettes de suivi, après les campagnes de 2008 et 2015. Une première en France pour un observatoire de cette ampleur. Cette continuité permet de comparer les données dans le temps et d’observer l’évolution réelle des forêts : croissance des arbres, mortalité, régénération ou encore évolution des essences face au changement climatique.

L’objectif, c’est d’avoir une vision à l’instant T de l’état de la ressource forestière sur la montagne de l’Ain, mais aussi de comprendre comment cette forêt évolue dans le temps.

Fabien Benacchio, chef du service forêt de l’agence Ain Loire Rhône

Le suivi repose sur un protocole scientifique commun, le protocole de suivi dendrométrique des réserves forestières (PSDRF). Les équipes mesurent différents indicateurs sur le terrain, grâce à un réseau de placettes permanentes : volume de bois sur pied, croissance des arbres, mortalité, régénération naturelle, présence de bois mort, diversité des essences, impact du gibier sur les jeunes peuplements, etc.

Ces données sont ensuite croisées avec des images aériennes issues de campagnes de photogrammétrie (technique basée sur plusieurs prises de vues photographiques), dans la continuité des précédents relevés LiDAR (technologie de télédétection par laser). Ces deux techniques de mesure permettent de cartographier très précisément la végétation et le relief en 3D. Le croisement entre observations de terrain et cartographie aérienne offre ainsi une vision fine de la forêt à l’échelle du massif.
 

Des résultats qui confirment les effets du changement climatique

Les premiers enseignements de la campagne de mesures 2024 mettent en évidence une dégradation de l’état sanitaire des forêts. Entre les périodes 2008-2015 et 2015-2024, la production forestière, c’est-à-dire la capacité des arbres à croître et à produire du bois, a diminué de 40 %. Dans le même temps, la mortalité des arbres a fortement augmenté.

Aujourd’hui, les prélèvements liés à la mortalité et aux récoltes dépassent la production forestière. On observe une légère décapitalisation du massif, avec une baisse du volume de bois sur pied

Fabien Benacchio, chef du service forêt de l’agence Ain Loire Rhône

Les résineux, notamment l’épicéa, reculent progressivement, tandis que la part des feuillus augmente. Le hêtre reste l’essence majoritaire sur le territoire, mais les équipes observent également des dépérissements sur cette essence, pourtant considérée jusqu’ici comme relativement résistante.

L’observatoire met aussi en évidence un doublement du volume de bois mort, au sol comme sur pied. Ce phénomène traduit les difficultés rencontrées par les peuplements forestiers, mais il joue également un rôle important pour la biodiversité forestière. Autre enseignement : la régénération naturelle reste dynamique sur le massif, notamment pour le hêtre et le sapin. Les données montrent cependant des impacts localement marqués du gibier sur les jeunes arbres, avec des déséquilibres forêt-gibier observés sur certains secteurs.

Un outil d’aide à la décision pour les territoires

Au-delà de l’analyse scientifique, l’observatoire constitue un véritable outil d’aide à la décision pour les acteurs du territoire. Les résultats permettent d’éclairer les choix des collectivités, des gestionnaires forestiers et de la filière bois : préparation des martelages, réalisation des aménagements forestiers, investissements dans les dessertes forestières ou encore adaptation des stratégies sylvicoles face au changement climatique.

L’observatoire doit permettre aux élus, aux forestiers et aux entreprises de la filière bois d’avoir une vision claire du patrimoine forestier du territoire

Fabien Benacchio, chef du service forêt de l’agence Ain Loire Rhône

Dans un département où la filière bois occupe une place importante, ces données sont également stratégiques pour les entreprises locales, notamment les scieries, qui doivent anticiper l’évolution future de la ressource disponible.

Un projet partenarial de grande ampleur

La campagne 2024 représente un important travail collectif. Au total, 732 placettes ont été remesurées sur le terrain par les équipes de l’ONF, du Centre national de la propriété forestière (CNPF) et de la réserve naturelle nationale de la Haute Chaîne du Jura. Piloté par l’ONF, le projet mobilise également plusieurs partenaires scientifiques et techniques, dont l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN) et le réseau Recherche Développement Innovation de l’ONF.

Le coût total du projet s’élève à 225 000 euros. Il est financé notamment par le Département de l’Ain, le Commissariat du massif du Jura ainsi que par les acteurs de la filière bois. À terme, les données produites par cet observatoire permettront de mieux adapter la gestion forestière aux évolutions climatiques et de suivre, dans la durée, les transformations des forêts des montagnes de l’Ain.

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