Incendies en Gironde et dans les Landes : les forestiers de l’ONF au cœur de la crise

À Saumos, puis à Biscarrosse, les incendies ont pris une ampleur exceptionnelle en quelques heures. Mobilisés auprès des pompiers et des préfets, les forestiers de l’ONF ont guidé les évacuations, renseigné les secours, cartographié les points chauds et contribué à la réalisation des travaux pour appuyer la lutte contre le feu. Près de 70 personnels ont été mobilisés chaque jour au plus fort de la crise. Retour sur une mobilisation hors-norme.

Dans la nuit, 4 500 véhicules à guider

Nuit du 22 au 23 juillet, le feu démarre à Saumos, en Gironde. Les flammes progressent rapidement. Camping de la Grigne, plan-plage du Gressier, village de la Jenny : les évacuations se succèdent. La nuit suivante, le village du Porge est évacué à son tour, dans les mêmes conditions.

Au total, 4 500 véhicules prennent les routes forestières en deux nuits. Pour ceux qui les empruntent, elles sont souvent inconnues. Pour les forestiers de l'ONF, elles constituent un terrain familier. « Notre priorité était de faire sortir les gens rapidement, par les itinéraires les plus sûrs », explique Benjamin Syren, technicien forestier sur Lacanau.

Sur près de 20 kilomètres, les forestiers mobilisés dans le cadre de la Défense des forêts contre les incendies (DFCI) orientent les habitants, les vacanciers et guident les gendarmes.

22 juillet, les forestiers guident les véhicules pour l’évacuation des habitants du village du Porge par la route forestière Caporlac.

©Benjamin Syren, technicien forestier à l'ONF

Le lendemain, un deuxième incendie se déclare à Biscarrosse, dans les Landes. Deux binômes de forestiers sont engagés jusqu’à 22 h 30 pour guider les sapeurs-pompiers. Ils indiquent les accès, les points d’eau, les itinéraires praticables.

Au poste de sécurité du Porge, les forestiers (ONF et DFCI Nouvvelle Aquitaine) apportent leur connaissance du terrain pour préparer au mieux les interventions des pompiers
Au poste de sécurité du Porge, les forestiers apportent leur connaissance du terrain pour préparer au mieux les interventions des pompiers - ©photo ONF

Leur connaissance du terrain nous a fait gagner un temps précieux

Nicolas Seigneur, adjudant-chef, sapeurs-pompiers

Un appui technique décisif pour les pompiers

Des échanges permanents au PC SDIS avec l’ONF pour ajuster la stratégie face au feu.
Des échanges permanents au PC SDIS avec l’ONF pour ajuster la stratégie face au feu. - ©Guillaume Pecastaing / ONF

En quelques heures, le feu de Saumos devient hors norme : 800 hectares parcourus dès le premier soir, 4 000 hectares la nuit suivante, puis 42 000 hectares le 26 juillet.

L’ONF installe alors une permanence 24 heures sur 24 auprès du commandant des opérations de secours (COS). Trois agents se relaient pour renseigner le commandement et faire le lien avec le poste de commandement forêt, piloté par la DFCI Nouvelle Aquitaine et en charge des travaux de forestage.

Une cellule de crise ONF travaille parallèlement avec le CODIS et le Centre opérationnel départemental de la préfecture. Une cellule d’anticipation auprès du COS réunit experts nationaux et techniciens de terrain.

Au commandement, nous apportions ce que nous connaissions le mieux : la forêt, ses accès, nos connaissances sur les caractéristiques des peuplements forestiers et les risques

Benoit Destribat, chef de projet risques naturels à l’agence ONF Landes Nord Aquitaine

L’évolution du feu est suivie grâce à l’imagerie satellite. Chaque jour, les équipes ONF actualisent le contour du feu et superposent les points chauds détectés notamment par les observations complémentaires d’un drone Reaper mis à disposition par l’armée. Un appui qui va s’avérer déterminant pour l’avancée des opérations.

Mais une carte ne suffit pas. Les forestiers vont vérifier les points chauds sur le terrain. « Sur le terrain, notre rôle est d’évaluer l’état de la végétation, le risque de reprise ou de propagation, les enjeux de sécurité », indique Guillaume Pecastaing, coordonnateur zonal DFCI pour le Sud-Ouest. Chaque soir, ces observations sont transmises au COS. Elles contribuent à déterminer les secteurs prioritaires et à positionner les moyens du SDIS pour le lendemain.

On ne le sait pas toujours mais la cartographie est au cœur de la bataille contre le feu

Left: ©Benoit Destribats / ONF  –  Right: ©DFCI Nouvelle-Aquitaine

Limiter la propagation du feu par des travaux de forestage

À Bordeaux, le poste de commandement forêt, piloté par la DFCI Nouvelle-Aquitaine, centralise les propositions de travaux destinés à appuyer les secours puis les soumet à la validation de la préfète et du COS.

L’ONF y contribue avec un référent technique, spécialiste de la commercialisation des bois, un cartographe et, sur le terrain, un technico-commercial bois en lien avec les agents.

Créer une zone d’appui, sécuriser une lisière, réaliser une coupe d’arbre tactique pour ralentir le feu : chaque intervention est validée par le COS. Puis les techniciens forestiers et les commerciaux bois de l’ONF organisent les chantiers avec les entreprises de travaux forestiers. Les filiales ONF Vegetis et ONF Logistique interviennent également pour gérer les flux de bois issus de ces travaux.

Pare-feu n° 85 - ©photo ONF

Pendant ce temps, les patrouilles de surveillance et d’intervention poursuivent leur mission essentielle sur le reste du massif : surveiller, sensibiliser, détecter les départs de feu et intervenir avant qu’ils ne prennent de l’ampleur et nécessite l’intervention des pompiers. Ces opérations majeures de la mission d’intérêt général DFCI confiée à l’ONF ont été renforcées avec le renfort d’une patrouille de surveillance et de contrôle dans les Landes (secteur sensible de jeunes peuplements post incendie 2022) et le transfert de la patrouille de surveillance et d’intervention des Pyrénées-Atlantiques dans les Landes.

En parallèle à l’appui au secours, les patrouilles de l’ONF ont poursuivi leur mission de veille, de sensibilisation du public mais aussi d’intervention sur les feux naissants : limitant ainsi la multiplication des fronts des incendies. Ici une équipe sur la zone du Temple. - ©Cédric Bouchet / ONF

Nous sommes fiers d’avoir pu participer à la bataille contre cet incendie, en première ligne les premiers jours pour traiter les reprises ; puis au second plan en reprenant les patrouilles de surveillance et d’intervention dans les forêts alentours pour éviter de nouveaux foyers

Corentin De Oliveira, conducteur de travaux pour l’ONF

42 000 hectares brûlés, 220 000 personnes évacuées

Le feu de Saumos, fixé le 1er août, a parcouru près de 42 000 hectares, dont 39 000 hectares de forêt. Parmi ces surfaces, 6 771 hectares de forêt publique ont été touchés : 1 737 hectares de forêt domaniale et 4 557 hectares de forêts communale et départementale. La forêt domaniale de Lège et la forêt communale du Porge figurent parmi les plus impactées. À Biscarrosse, le feu, fixé dès le 23 juillet, a touché 3 600 hectares de forêt, dont 203 hectares de forêt communale. Au plus fort de la crise, près de 220 000 personnes ont été évacuées. Au total, près de 70 personnels de l’ONF ont été mobilisés chaque jour : agents de terrain, experts, cartographes, techniciens et renforts venus d’autres secteurs.

Et maintenant que le feu est fixé ? Une autre bataille commence : celle de l’après-incendie. « Il faut désormais sécuriser les massifs, évaluer les peuplements fragilisés, organiser la valorisation des bois incendiés et accompagner les collectivités et les territoires touchés », explique Nicolas Jannault, directeur de l’agence ONF Landes Nord Aquitaine.

Tirer les leçons de cet été hors norme

Au regard du nombre inédit d’habitations brûlées, les préfets des départements de Gironde et des Landes ont confié à l’ONF une étude sur l’impact du feu sur le bâti, en partenariat avec les DDTM et les SDIS. L’objectif est de rendre aux préfets des premières conclusions notamment sur la mise en œuvre et l’efficacité des obligations légales de débroussaillement, mais également les règles d’urbanisme dans les zones incendiées pour fin octobre.

L’évaluation des dégâts est prévue dans le cadre d’une démarche de filière pilotée par la DRAAF Nouvelle-Aquitaine. De son côté, l’ONF travaillera également à une évaluation de l’ensemble des feux sur la forêt publique.

Viendra ensuite le temps de la reconstitution des forêts. Mais avant de planter, il faudra d’abord observer. Avec un principe directeur : « Laisser la dynamique naturelle à l’œuvre pour la régénération naturelle et n’intervenir que lorsque cela s’avérera nécessaire. » Une phase plus discrète que la lutte contre les flammes, mais tout aussi déterminante pour l’avenir du massif.