La Teste-de-Buch : quatre ans après l’incendie, que devient la forêt ?

Sous la chaleur de l’été 2022, en Gironde, un incendie dévaste la forêt domaniale de La Teste. Quatre ans après l’incendie, la forêt se dessine à nouveau. Plutôt que de reconstituer systématiquement les parcelles brûlées, la stratégie de l’ONF a privilégié l’observation et l’accompagnement de la régénération naturelle. L’objectif : laisser à la forêt le temps de renaître, tout en intervenant lorsque cela est nécessaire. Retour sur un parcours qui a nécessité des prises de décisions et d’actions se projetant sur le temps long.

Retour sur l'incendie de 2022

La forêt de La Teste-de-Buch après l'incendie
La forêt de La Teste-de-Buch après l'incendie - ©Stéphanie Prieur / ONF

12 juillet 2022 : en milieu d'après-midi, un premier feu est déclaré dans le secteur de La Teste-de-Buch. Quelques heures plus tard, deux autres démarrent sur la commune de Landiras. 

Début août : l'incendie est maîtrisé

5 800 ha de forêt brûlée à La Teste-de-Buch dont 1 028 ha de forêt domaniale ;
3 sites "plans-plages" touchés : le Petit-Nice, la Lagune et la Salie qui accueillaient avant l'incendie 800 000 visiteurs ;
100 ha de dune impactés ;
1,5 M € de dégâts estimés sur les équipements (stationnements, ganivelles, caillebotis, panneaux d’information...).

Comment l’ONF accompagne-t-il la restauration de la forêt ?

Etape par étape, les forestiers de l’ONF accompagnent la reconstitution de la forêt. Après la sécurité vient le temps du renouvellement de la forêt, qui fait peau neuve. Les équipes sur le terrain identifient les zones touchées et leur niveau de sévérité, évaluent le taux de régénération naturelle et étudient le retour de la biodiversité.

Sécuriser : permettre le retour du public

Juste après l’incendie, le spectacle est désolant. Arbres brûlés menaçant de tomber, sol recouvert de cendres, et le silence d’une forêt qui peine à se relever. Pour permettre le retour des visiteurs dans des conditions de sécurité adaptées, les équipes de l’ONF s’attèlent immédiatement à la remise en état des sites touchés. Les routes et sentiers balisés ont été dégagés, notamment par l’élimination des arbres susceptibles de tomber. 
En deux mois, différents travaux ont été réalisés pour permettre l’accueil du public. Plus de 8 km de ganivelles ont été posées, 3500 poteaux installés aux abords des routes, 7500 pieux pour matérialiser les emplacements de parking et 3 espaces vélos ont été créés. Les anciens pieux brûlés ont été recyclés lorsque cela était possible. Au total, huit ouvriers forestiers ont été mobilisés pour cette mission essentielle. 
En 2024, d’autres travaux ont été engagés : la réparation de voies fragilisées, le confortement des places de stationnement grâce à des plaquettes forestières issues des bois brûlés et la finalisation du guidage avec des plots et des ganivelles. Des travaux de réfection ont également permis d’améliorer et de sécuriser les routes forestières, essentielles à la gestion de la forêt et à l’évacuation des bois. 
Près de six kilomètres de routes ont été reprofilés et rechargés en calcaire. Ce projet a été financé à hauteur de plus de 200 000 € par la DFCI Aquitaine. 
Une nouvelle portion de route a également été créée pour desservir un forage et certaines zones ont été élargies afin de faciliter la circulation des camions. 

Que devient le bois brûlé ?

Dans la majorité des cas, les pins n’ont pas été carbonisés en profondeur par le feu et l’écorce épaisse du pin maritime a protégé le bois. Une exploitation rapide a permis de valoriser ce bois, qui avait conservé ses qualités mécaniques. 
À la suite des incendies de l’été 2022, 80 000 m³ de bois ont été exploités dans l’urgence. Ces bois ont ensuite été vendus à des acheteurs locaux, 85% en Nouvelle-Aquitaine et 15% dans les départements limitrophes, et ont été valorisés de la façon suivante : 

  • 45 % en bois d’industrie : panneaux de particules, papier et chimie verte ; 
  • 25 % en bois de caissage : emballages ; 
  • 20 % en canter : palettes ; 
  • 10 % en bois de qualité : parquet, lambris, charpente. 

80 000 m3 de bois, c'est colossal ! C’est l’équivalent d’une pile de bois de 5 mètres de haut et de 2 mètres de large s’allongeant sur 12 km de long. C’est aussi l’équivalent d’un flux continu de 12 camions de bois par jour pendant 180 jours.

Yann Rolland, chef du service bois Landes Nord-Aquitaine

Une veille sanitaire accrue

À l’incendie s’est ajoutée une crise sanitaire secondaire : l’invasion de scolytes. 
Ces coléoptères pondent leurs larves dans le bois, empêchant ainsi la circulation de la sève et condamnant l’arbre touché. Favorisés par les hivers doux, ils attaquent les arbres affaiblis par le feu et la sécheresse. À La Teste-de-Buch, la zone a rapidement été envahie de scolytes, une gestion fine et rapide a donc été nécessaire. Les arbres attaqués ont dû être identifiés, coupés et évacués sous six semaines afin d’empêcher la génération suivante de se développer dans de nouveaux arbres hôtes. 
Environ 15 % de la forêt a dû être exploitée pour des raisons sanitaires. La dernière opération, au printemps 2023, s’est déroulée avant l’envol de la deuxième génération de scolytes, permettant de réduire significativement leur population avant qu’ils n’infestent d’autres pins. 
Au-delà de ces actions, des suivis ont été réalisés par des forestiers correspondants-observateurs pour le Département de la santé des forêts. En collaboration avec l’INRAE, six sites ont été choisis pour accueillir des pièges à phéromones, des sondes de température de l’air et du sol ainsi que des pièges à émergence. Ces dispositifs permettent de mieux comprendre le cycle de vie du scolyte sténographe, associé aux pins, et d’identifier les températures critiques pour son activité.

  1. Installer des pièges à phéromones 
    Des pièges à phéromones ont été installés en forêt jusqu’à la fin de l’année 2023. Objectif : surveiller l’envol des scolytes et détecter les phases de pic de propagation. Ces pièges sont installés au sein des îlots préservés et dans les zones incendiées. 
  2. Mettre en place un circuit de détection sur le terrain 
    L’objectif est de permettre une détection précoce des attaques afin de lancer à temps les exploitations sanitaires et ainsi enrayer, ou au moins limiter, la colonisation. 
  3. Utiliser la télédétection satellite 
    La télédétection permet de détecter les foyers et d’agir rapidement en déclenchant le protocole de terrain. 
    Après traitement, les images du satellite Sentinel-2 permettent d’observer la réponse chlorophyllienne des peuplements et ainsi de repérer les zones laissant apparaître des dépérissements d’arbres.

Le périmètre de feu de 2022 en forêt de la Teste-de-Buch est un peu devenu un laboratoire à ciel ouvert

Mathieu Brugère, Technicien forestier à La Teste-de-Buch

©ONF

Accompagner la régénération naturelle de la forêt

Quelques temps après la fin de l’incendie, un inventaire massif a été réalisé par les forestiers afin de cartographier la régénération naturelle des zones brûlées.  Sur les 1 050 hectares touchés par l’incendie, près de 3 000 points de relevé ont été réalisés selon un maillage de 30 mètres sur 30 mètres.

Les résultats montrent une forêt capable de se régénérer, mais de manière très différente selon les secteurs. Sur ces hectares de forêt domaniale brûlés, environ 20 % de la surface présentent quelques 200 peuplements d’arbres adultes encore sur pied. Certains sont vivants, d’autres morts : ils conservent ainsi une utilité écologique au milieu, le bois mort étant l’habitat de prédilection de près de 30% de la biodiversité forestière. 
Un quart de la forêt brûlée s’est par ailleurs correctement régénéré. Les forestiers y interviennent alors pour réaliser des opérations de “dégagement”, c’est-à-dire éliminer la végétation concurrente afin de favoriser les jeunes arbres. 

Si l’on ne savait pas qu'un incendie a touché cette forêt, on ne pourrait presque pas le deviner. C’est le signe qu’elle se reconstruit et que le travail mené depuis plusieurs années porte ses fruits.

Fabrice Carré, technicien forestier à La Teste-de-Buch

À l’est du massif, dans les zones les plus touchées, la régénération reste parfois insuffisante. Environ 300 hectares sur les 1 050 présentent une quasi-absence de régénération naturelle. L’ONF a donc lancé une campagne de plantation sur 88 hectares. En mars 2026, les forestiers ont planté : 

  • 70% de pins maritimes. 89 191 pins maritimes, issus de graines provenant de peuplements classés et récoltées localement. Ces arbres sont le fruit de cinq générations d’adaptation au milieu local, afin de garantir une meilleure résilience ; 
  • 30% de feuillus : 15 153 chênes-lièges et 2 123 chênes tauzins, introduits en sous-étage afin de diversifier la forêt et de la préparer au climat de demain. 

Ces essences sont naturellement présentes dans le secteur et offrent une perspective économique, paysagère et adaptative à long terme.  
Le reste des parcelles forestières se trouve dans une situation intermédiaire : la régénération est présente, mais de manière trop clairsemée pour constituer un peuplement sylvicole. Dans ces secteurs, il est possible d’accompagner légèrement la régénération par des plantations complémentaires. Pour l’instant, ces zones ne constituent pas une priorité urgente pour les équipes de l’ONF, qui préfèrent laisser plus de temps à la forêt de se régénérer. Laisser faire la nature, c’est parfois la meilleure solution”, témoigne Paul Tourneur, chef de projet biodiversité à l’ONF. C’est ce qui est réalisé dans la majorité de la zone brûlée. 

Inventorier : le retour de la biodiversité

Quatre ans après l’incendie, la forêt de La Teste-de-Buch est devenue un véritable terrain d’observation. La biodiversité revient progressivement, mais différemment selon les zones. 
Dans les zones les plus touchées, le paysage s’est ouvert et de nouvelles dynamiques écologiques sont apparues. Certaines espèces pionnières recolonisent rapidement les milieux, tandis que d’autres, plus exigeantes, ont besoin de davantage de temps. 

©ONF

De nouvelles espèces et de nouveaux milieux

Dès l’automne 2022, les premiers semis de pins maritimes sont apparus, accompagnés de l’arbousier et du genêt, des espèces déjà présentes dans le secteur. 
L’incendie a également transformé certaines zones. À la Salie, la disparition d’un peuplement d’arbres adultes a modifié le fonctionnement de l’eau et permis l’apparition d’une zone humide. Le saule et d’autres espèces végétales s’y sont installés, tandis que des amphibiens ont investi le secteur. « J’ai vu, deux soirs de suite, un Héron se percher et guetter des batraciens pour se nourrir. », confie Fabrice Carré, TFT de La Teste-de-Buch.

Des oiseaux qui profitent de l'ouverture du paysage

Les suivis montrent une évolution contrastée de l’avifaune. Les zones les plus touchées restent appauvries, mais l’ouverture du paysage favorise désormais certaines espèces de milieux ouverts. 
Le Pipit rousseline, la Fauvette grisette ou encore le Bruant zizi ont ainsi été observés, car ces espèces affectionnent particulièrement les zones ouvertes pour leur nidification. 
À l’inverse, dans les îlots forestiers préservés, des espèces liées aux milieux boisés subsistent, comme la Mésange huppée, le Grimpereau des jardins et le Roitelet à triple bandeau. Le Circaète Jean-le-Blanc et le Faucon hobereau sont également revenus nicher dans la forêt. 

Suivre la faune et la flore dans le temps

De nombreux inventaires sont menés depuis l’incendie afin de suivre la recolonisation du massif : flore, champignons, insectes, reptiles, amphibiens, oiseaux ou encore chauves-souris. 
Le laboratoire d’entomologie forestière de l’ONF a notamment recensé 203 espèces de coléoptères, dont 172 espèces saproxyliques, liées au bois mort. Les animaux participent eux aussi à la reconstruction de la végétation : une étude à l’ONF a montré que 55 espèces végétales différentes étaient dispersées par les mammifères, principalement les lapins et les lièvres

Une reprise réelle, mais encore contrastée

Quatre ans après l’incendie, la recolonisation est bien engagée, mais elle reste hétérogène. Les milieux humides et certaines zones ouvertes se montrent particulièrement résilients, tandis que d’autres habitats évoluent plus lentement. 
Dans de nombreux secteurs, les espèces pionnières et généralistes dominent encore. Les suivis à long terme seront donc essentiels pour comprendre comment la biodiversité va continuer à se recomposer. 
Car la reconstruction d’une forêt ne se résume pas au retour des arbres : la biodiversité, elle aussi, a besoin de temps pour retrouver de nouveaux équilibres.

Mieux prévenir les futurs incendies

Pour prévenir les feux de la meilleure manière possible, les dispositifs de défense des forêts contre les incendies de l’ONF ont été renforcés dans cette zone. 
Les routes forestières, auparavant empierrées, ont été quasiment entièrement remises à neuf afin d’améliorer l’accessibilité aux véhicules de secours. Les numéros des pistes DFCI ont également été mis en place afin d’organiser et d’identifier ces axes sur le terrain. Dans le cadre de l’extension des missions d’intérêt général de la DFCI portée par le ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, l’ONF s’est vu attribuer des moyens supplémentaires en Gironde : 

  • Recrutement de 2 experts DFCI à Bruges et d’un coordonnateur zonal pour la Nouvelle-Aquitaine, associé à un expert de l’agence DFCI ONF ; 
  • Mise en place de 2 patrouilles de première surveillance et d’intervention, localisées à Hourtin et au Temple. Composées chacune de deux ouvriers forestiers et équipées d’un véhicule 4 × 4 doté d’une cuve de 600 litres, elles ont pour mission de détecter et d’intervenir sur les feux naissants afin d’en limiter la propagation avant l’arrivée des moyens du SDIS ; 
  • Recrutement de 3 techniciens de terrain, dont deux répartis sur Hourtin et Le Temple. Le sud du département est pris en charge par un technicien supplémentaire localisé à Biscarrosse. 
    Ces techniciens ont pour mission d’informer le public, de surveiller, de dissuader et d’alerter. Ils sont également chargés de l’expertise de l’état de la végétation. 

Quatre ans plus tard, une forêt qui se régénère

Quatre ans après l’incendie, le paysage de La Teste-de-Buch est déjà différent. La forêt n’a pas simplement retrouvé son aspect d’avant, elle se transforme et renaît de ses cendres. Dans certaines zones, les jeunes pins ont repris leur place. Ailleurs, le paysage reste plus ouvert. Des arbres adultes ont été conservés, tandis que certains espaces demeurent marqués par les traces du feu. Cette transformation permet aussi de redécouvrir le relief de la dune, autrefois masqué par la forêt. De nouvelles fenêtres s’ouvrent désormais sur l’océan. 
« Quelque part, on se retrouve dans la peau de nos aïeux qui commençaient à faire pousser la forêt, au XIXe siècle. » 
--- Fabrice Carré, TFT de la Teste-de-Buch 
La forêt qui se dessine aujourd’hui est différente de celle qui existait avant l’incendie. Une forêt plus ouverte par endroits, composée de peuplements d’âges et d’essences variés, et qui doit désormais continuer à évoluer dans un contexte de changement climatique. 

Et aujourd’hui, en 2026 ?

Aujourd’hui, la situation est revenue à la normale pour nos équipes. Les récoltes de bois prévues dans la zone non brûlée, initialement suspendues en raison de la problématique sanitaire liée aux scolytes, ont pu reprendre. 
La forêt domaniale dispose d’un document de gestion qui planifie les actions sur 15 ans. Cependant, l’incendie a rendu nécessaire un cadrage réglementaire spécifique : un arrêté ministériel de crise, valable jusqu’en janvier 2028, encadre désormais les actions urgentes, comme la sécurisation des zones ou les travaux d’hiver. Ce document l permet d’adapter la gestion forestière à une situation inédite. 

Un avenir plus stable pour la forêt

Les équipes s’organisent déjà pour élaborer un nouveau document de gestion sur 15 ans. Plusieurs pistes sont envisagées, dont la création de zones de surveillance pour étudier la dynamique naturelle de la forêt sans intervention humaine. Trois secteurs distincts, est, centre et ouest, ont été définis en fonction de leur proximité avec l’océan, offrant des conditions écologiques variées pour ces observations. 
Les forestiers finalisent actuellement le diagnostic de la régénération naturelle, lancé début 2024. L’objectif : affiner les données pour comprendre comment les milieux réagissent, zone par zone. Parallèlement, ils évaluent les plantations réalisées au début 2026 sur 88 hectares. Les conditions climatiques difficiles de l’été 2026 ont mis à mal ces jeunes pousses. Deux zones, notamment, ont été endommagées par les corneilles, nécessitant un replantage à l’automne sur environ 4 hectares. Les taux de survie seront réévalués pour ajuster les besoins en regarnis (replantations ciblées). 

Les étapes de la reconstitution de la forêt après l'incendie de la Teste-de-Buch

Frise présentant les grandes étapes de reconstitution des forêts de Gironde après l'incendie de juillet 2022
©ONF
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