©Lotito Joseph / ONF

Les dunes à l’épreuve du changement climatique

A la rencontre entre terre et mer, le littoral est soumis aux aléas naturels du territoire dans lequel il s’inscrit. Il s’agit principalement de l’érosion du trait de côte, l’ensablement ou la submersion marine, liés aux événements météorologiques (tempête, cyclone, forte dépression et vent de mer) ou océanographiques (houle, marée, tsunami) d’ampleur très inhabituelles.

Les dunes, un écosystème fragile

Depuis le milieu du XXe siècle, les apports de sable s’amenuisent : cette pénurie sédimentaire est due à l’épuisement des stocks sous-marins mobilisables et aux modifications apportées par l’Homme dans le transport des sédiments par les fleuves (barrages, extractions, ouvrages). Les cordons dunaires subissent également l’augmentation de la pression des évolutions sociales (déprise agricole, essor démographique et touristique...), qui engendrent une multiplication des enjeux sur les côtes : infrastructures, urbanisation, etc.

L’intensité et la fréquence des multiples tempêtes de la fin du XXe et du début du XXIe siècle (tempêtes Lothar, Martin, Klaus, Xynthia...) ont fait prendre conscience aux populations vivant près de la mer que les aléas littoraux pouvaient menacer bon nombre de biens implantés trop près du littoral. Les dunes, avec leur capacité d’adaptation aux forçages météo-marins, peuvent être des espaces tampons permettant une adaptation naturelle (ou accompagnée par le gestionnaire) aux évolutions inéluctables des espaces littoraux. En général, les réponses apportées en matière de gestion du trait de côte sont différentes selon les situations et les enjeux, et différentes options peuvent être retenues :

  • Libre évolution des terrains littoraux ;
  • Accompagnement des processus naturels ;
  • Organisation du repli stratégique ;
  • Maintien du trait de côte en réalisant des ouvrages de défense côtière.

Le changement climatique

Les modifications générales telles que l’augmentation des températures moyennes, les variations de la pluviométrie, la potentielle augmentation des événements extrêmes (tempêtes, vagues de chaleur...) entraîneront une nécessaire adaptation des écosystèmes forestiers et dunaires littoraux. Parmi les effets constatés et futurs liés au changement climatique, les dunes non boisées sont et seront impactées à plusieurs titres :

  • L’aggravation des phénomènes d’érosion marine liée à l’évolution des événements extrêmes et à l’augmentation du niveau marin moyen va entraîner une perte de surface de terrains, mais également une reprise de l’érosion éolienne sur les littoraux sableux. Le contrôle de la végétalisation des cordons dunaires sera donc primordial pour éviter la remise en mouvement brutale des stocks de sable, menaçant l’arrière-pays (constitué en partie de forêts littorales).
  • Les risques de submersion des zones basses seront augmentés. On assiste déjà, lors de tempêtes, à l’envahissement de peuplements forestiers par la mer dans certaines îles du Centre Atlantique (Oléron et Noirmoutier en particulier).
  • L’élévation du niveau de l’océan pourra aussi se traduire par une remontée de la nappe d’eau salée dans les massifs dunaires, entraînant des dépérissements de la végétation fixatrice en place.
©Conservatoire du littoral

Les gestionnaires doivent donc faire preuve de beaucoup d’observation et de pragmatisme pour maintenir la succession la plus complète des habitats dunaires, en suivant les évolutions des milieux naturels, et aussi d’humilité en acceptant parfois de perdre temporairement des faciès durant la translation inéluctable des cordons littoraux. Savoir gérer c'est aussi savoir s'adapter.

L'évolution des dunes au cours du temps

17 000 av JC : La fonte des glaces entraîne la montée du niveau marin de près de 120m pour l'amener au niveau actuel. Cela s’accompagne d’un dépôt de sédiments sur une zone côtière semblable à celle d’aujourd’hui.

Début du XIVe - fin du XIXe siècle : C'est le Petit Age Glaciaire. Le niveau de la mer diminue, ce qui apporte une quantité importante de sable sur les côtes.

Début du XIXe siècle : Pour assainir les territoires marécageux dont l’avancée des dunes mobiles entravait les écoulements naturels tout en engloutissant des territoires, l'Etat a organisé la fixation d'une grande partie des dunes littorales de la côte atlantique.

Les massifs dunaires plus au nord, le long de la presqu’île du Cotentin par exemple, bénéficiaient d’une dynamique végétale naturelle permettant le développement d’une végétation fixatrice suffisante. A proximité du rivage, dans les régions à fort transit sableux (Aquitaine, Charente), pour se prémunir de l'envahissement par le sable, les dunes bordières -toujours alimentées par la plage- furent transformées en un cordon continu calibré selon un profil à versant au vent de faible pente, véritable piège à sable édifié au plus près de l’océan.

Des systèmes de palissades en bois, régulièrement remontées au fur et à mesure de leur ensablement, permirent de constituer un bourrelet sableux plus ou moins élevé, plus ou moins large. Il convenait de planter le cordon avec des végétaux adaptés à ces milieux salés, mobiles et ventés : l’oyat (Ammophila arenaria) se révéla l’espèce pionnière la plus adaptée et la plus facilement bouturable pour fixer les dunes.