Plan de gestion stratégique national : une nouvelle approche pour gérer les dunes domaniales

L’ONF a franchi une étape importante pour la gestion durable du littoral en lançant le déploiement du plan de gestion stratégique national des dunes domaniales. Élaboré dans le cadre de la mission d’intérêt général Dunes, ce nouvel outil offre une compréhension plus fine des dynamiques littorales et des trajectoires d’évolution des dunes, tout en renforçant la capacité d’action des équipes sur le terrain.

Pendant longtemps, la gestion des dunes reposait sur une logique annuelle : à la suite des tempêtes hivernales, les équipes consta­taient les dégâts, puis programmaient les chan­tiers nécessaires pour réparer ou sécuriser les zones touchées. Cette méthode nécessitait d’être améliorée pour s’adapter à l’accélération des transformations morphologiques provo­quées par le changement climatique. Avec le dérèglement du climat, les dunes évoluent plus vite et plus intensément, sous l’effet de l’érosion marine, des vents ou encore de la montée du niveau marin. Intégrer à l’entretien annuel une vision prospective, capable d’anticiper ce que deviendront les massifs dunaires dans les années à venir : c’est ce que permet désormais le Plan de gestion stratégique national des dunes doma­niales (PGSDD).

Un outil fondé sur l’observation des milieux littoraux

Construit à partir d’un système d’indicateurs spatialisés, ce plan de gestion s’appuie sur une analyse temporelle de données homogènes collectées sur l’ensemble des façades littorales. Toutes les composantes des milieux dunaires sont scrutées grâce à des images aériennes et des modèles numériques de terrain. Pour mieux détecter les changements, le littoral domanial a été découpé en plus de 3 400 segments de 100 mètres constituant de véritables « boîtes d’analyse ». Chacune est examinée pour caractériser trois aléas majeurs - érosion marine, migration dunaire, submersion - et mesurer leur interaction avec les enjeux locaux : espaces urbanisés proches, infrastructures, forêts littorales, habitats naturels.

Un outil opérationnel pour définir les interventions

À partir de cette lecture croisée, le plan pro­pose une modalité de gestion différenciée et adaptée à chaque portion du littoral. Il fournit également un itinéraire technique, autrement dit, une ligne directrice qui décrit concrète­ment les interventions à mener. Cet itinéraire précise s’il faut stabiliser une dune par des plan­tations, reprofiler un cordon dunaire, déplacer des équipements, laisser un secteur en libre évolution ou accompagner le mouvement natu­rel de la dune en la laissant se reconstituer plus en arrière, sur des zones où elle pourra conti­nuer à jouer son rôle de protection. « Il s’agit d’un guide opérationnel, élaboré à partir de don­nées objectives, qui aide les équipes à choisir les bonnes réponses au bon endroit et au bon moment », résume David Rosebery, expert national Dunes et Littoral à l’ONF. Cet outil sera actualisé tous les cinq ans.

Renforcer la résilience des territoires

Le PGSDD dépasse largement la logique d’outil technique. Véritable levier de pilotage pour la MIG Dunes, il fluidifie le dialogue entre les équipes opérationnelles, les pôles techniques et les directions territoriales, facilite la construc­tion d’une programmation pluriannuelle et fiabi­lise la budgétisation des opérations à mener. En éclairant la prise en compte des risques natu­rels par une vision prospective dans les projets d’aménagement du littoral, il contribue aussi à renforcer la résilience des ter­ritoires.

Son déploiement se poursuivra en 2026, accom­pagné par la mise à disposition des données dans les systèmes d’information géographique et par le développement de nouveaux indica­teurs.

Une gestion écologique respectant les processus naturels

Grâce à une connaissance fine des proces­sus et des sites gérés, les actions conduites par les équipes de l'ONF visent à remplir simultanément plusieurs fonctions :

  • Protéger les forêts littorales et l’arrière-pays en évitant les invasions sableuses ;
  • Conserver des écosystèmes rares et originaux, paysages et lieux de vie recherchés : les dunes « grises » par exemple sont un habitat prioritaire de la directive européenne « Habitat, faune et flore » ;
  • Participer à un accueil touristique raisonné ;
  • Modérer l’érosion marine (le sable stocké dans l’avant-dune nourrit la plage pendant les phases d’érosion) ;
  • Constituer un premier rideau d’absorption de l’énergie des houles et éventuellement une zone d’expansion face aux submersions marines.