Tempête Caetano en Tarentaise : pour écouler des volumes exceptionnels, l’ONF a misé sur le bois façonné et les contrats d’approvisionnement

Après le passage de la tempête Caetano, le 21 novembre 2024, les forêts de Tarentaise ont dû faire face à un afflux exceptionnel de chablis (arbres renversés par le vent). Pour exploiter et commercialiser ces bois dans un calendrier très contraint, l’ONF a fait le choix d’un dispositif inhabituel à cette échelle : un chantier massif en bois façonné, appuyé presque exclusivement sur des contrats d’approvisionnement. Objectif : évacuer rapidement les bois, mieux les valoriser et mobiliser un nombre élargi d’acheteurs.

Le 21 novembre 2024, la tempête Caetano a traversé la France avant de frapper durement la Tarentaise, en Savoie. Les dégâts se concentrent notamment sur les secteurs des Trois Vallées, avec un volume de bois à exploiter estimé à 60 000 m³. Dans la seule commune des Allues, ce volume représente l’équivalent d’environ vingt années d’exploitation. Les forêts concernées se situent aux Allues, aux Belleville, à Courchevel, à Aigueblanche, aux Avanchers, à Bourg-Saint-Maurice ainsi qu’en forêt domaniale RTM de Haute-Tarentaise.

Dans ce contexte, l’enjeu n’était pas seulement forestier. Il était aussi logistique et commercial. Il fallait intervenir vite pour sortir les bois, limiter leur dégradation, éviter la prolifération des scolytes et tenir un calendrier serré, avec un impératif fort dans les secteurs touristiques : achever les exploitations avant l’hiver 2025-2026.

Chablis après le passage de la tempête Caetano en Tarentaise le 21 novembre 2024. - ©ONF

Un chantier hors norme pour tenir les délais

Exploitation des chablis en Tarentaise : le chantier a mobilisé de nombreuses entreprises de travaux forestiers et plusieurs machines pour extraire les bois. - ©ONF

Pour répondre à cette situation exceptionnelle, l’ONF a conseillé aux propriétaires des forêts communales impactées de recourir majoritairement au bois façonné. Dans ce mode de commercialisation, l’ONF ne vend pas les arbres sur pied à un acheteur chargé d’organiser lui-même l’exploitation : il pilote le chantier, fait exploiter les bois, organise leur tri puis met les produits sur le marché.

Ce choix a d’abord permis de maîtriser le calendrier. Avec un volume concentré sur un même secteur et des bois sortant aux mêmes points de dépôt, multiplier les acheteurs et les chantiers aurait complexifié l’organisation. Le bois façonné a au contraire permis d’organiser les chantiers sur une période resserrée, du début de l’été jusqu’à l’automne 2025.

Près de 50 000 m³ ont été exploités dans ce cadre, soit un volume sans commune mesure avec les opérations habituelles en bois façonné. L’exploitation a mobilisé une vingtaine d’entreprises de travaux forestiers, avec notamment cinq abatteuses, neuf tracteurs, trois porteurs et trois câbles mât.

Mieux trier pour mieux valoriser

Stockage des grumes issues de la tempête avant leur tri et leur commercialisation. - ©ONF

L’autre intérêt du bois façonné est apparu dans la valorisation des produits. Les premiers bois sortis du chantier étaient constitués de grumes non triées, de qualités variables, susceptibles d’intéresser un nombre limité de clients.

Pour améliorer leur valorisation, les grumes ont été stockées puis reprises sur le site de l’altiport des Allues par une abatteuse et un porteur. Ce retraitement a permis de refaçonner les bois en produits plus standardisés et de mieux distinguer les qualités.

Les équipes ont ainsi pu produire différents assortiments : grumes charpente de 12 mètres, billons charpente de 4 à 6 mètres, billons petite palette de 2,40 mètres, billons pour le coffrage ou encore poteaux. Ce tri plus fin a permis d’adapter davantage les produits aux usages attendus et d’élargir le nombre d’acheteurs potentiels.

Des contrats d’approvisionnement pour élargir les débouchés

Face à un tel afflux de bois, les débouchés locaux ne suffisaient pas. Le chantier a donc reposé presque exclusivement sur des contrats d’approvisionnement afin d’augmenter rapidement la capacité de commercialisation.

Les contrats habituels ont permis de mobiliser des scieurs déjà partenaires, parmi lesquels Scierie de Savoie, Bois du Dauphiné, André ou encore Monnet Sève. La tempête a également conduit à élargir le cercle des acheteurs en mobilisant des entreprises situées hors du massif alpin, comme LivraBois, Tartière, Moulin ou France Bois Imprégnés. Le bois énergie a, lui, été valorisé localement, notamment avec TRV, ONF Énergie et 4 Vallées Energie.

Cette diversification des débouchés a constitué l’un des leviers décisifs du dispositif. En refaçonnant les bois en billons plus courts et plus standardisés, l’ONF a pu mobiliser un nombre plus important d’acheteurs, y compris hors du massif alpin.

Un objectif atteint avant l’hiver

Le résultat est à la hauteur de l’objectif initial : les bois ont été exploités dans le calendrier visé. Sur le site de l’altiport des Allues, l’évacuation des bois stockés était quasiment achevée en novembre 2025. La dernière coupe par câble était terminée et des remises en état avaient déjà été engagées par la commune sur certains emplacements.