Murin de Bechstein : une colonie bretonne sous haute surveillance à Coatloch

Le Murin de Bechstein est l'une des chauves-souris les plus forestières de France. Essentiellement arboricole, l'espèce occupe habituellement des cavités d'arbres pour se reproduire et se reposer. Seules trois colonies sont actuellement connues en France pour utiliser un bâtiment comme gîte principal. La maison forestière de Coatloch, en Bretagne, est aujourd'hui la seule occupée par cette espèce dans le nord de la France. Une opération spéciale d'inventaire vient d'être réalisée avec des résultats encourageants.

Murein de Bechstein : une population en progression

En 2019, le réseau Mammifères de l'ONF avait mené une étude approfondie de cette colonie, débouchant sur des préconisations de gestion appliquées à l'échelle des 400 hectares de forêt de Coatloch. Les résultats semblent aujourd'hui encourageants : la population est passée à plus de 120 individus. Une partie de la colonie occupe toujours la maison forestière, tandis qu'une autre utilise des arbres-gîtes répartis dans la forêt et le bocage environnant.

La colonie de Coatloch constitue un véritable laboratoire à ciel ouvert pour mieux comprendre les besoins du Murin de Bechstein et adapter nos pratiques de gestion forestière.

Mickaël Ouisse, chef de projet environnement pour l'agence Bretagne

Une mission de capture pour évaluer l'état de la colonie

Début août 2026, une opération de capture a été organisée afin de mieux connaître l'état de santé de la colonie. Les individus capturés ont été sexés, mesurés et examinés afin de recueillir des données sur leur condition physique et sur le succès reproducteur des femelles.

Cette étude s'inscrit dans un programme national visant à mieux comprendre la démographie des colonies de Murin de Bechstein dans différents contextes de gestion forestière. À terme, les données collectées permettront de constituer un référentiel national utile pour éclairer les choix de gestion en faveur de l'espèce.

En vidéo, les coulisses du suivi du Murin de Bechstein à Coatloch

©ONF

Des indicateurs encourageants

L'observation attentive de l'aile permet de déterminer que c'est un petit murin de l'année. - ©Mickaël Ouisse / ONF

Les premières analyses menées à l'échelle nationale montrent que les colonies soumises à de fortes pressions (conditions climatiques défavorables, raréfaction des arbres-gîtes ou des zones de chasse) présentent généralement un faible taux de reproduction.

À l'inverse, les colonies en bon état de conservation comptent davantage de femelles reproductrices et produisent une majorité de jeunes mâles, qui se dispersent ensuite hors de leur colonie d'origine.

Lors de la mission du 3 août, 89 murins de Bechstein ont été capturés, tandis qu'une dizaine d'individus ont échappé aux dispositifs de capture. Une partie du reste de la colonie se trouvait probablement dans des arbres-gîtes au moment de l'opération.

Le sex-ratio observé chez les jeunes de l'année est relativement équilibré, avec 24 femelles pour 21 mâles. Ce résultat semble traduire une colonie globalement stable, sans signe de pression importante bien que la forêt de Coatloch présente plutôt des jeunes arbres et soit petite en surface.

« Malgré les canicules qui ont du perturber les populations des chauves-souris, les premiers résultats suggèrent une colonie à l'équilibre, ce qui confirme l'intérêt des mesures de gestion mises en œuvre depuis plusieurs années » souligne Laurent Tillon, animateur du réseau national Mammifères.

À la recherche des arbres-gîtes

Pour mieux comprendre les déplacements des animaux, deux femelles adultes ont été équipées d'émetteurs VHF. Le suivi réalisé dans les jours suivants a permis d'identifier et de géolocaliser un petit hêtre utilisé comme arbre-gîte par l'une d'elles. L'autre femelle est rapidement retournée à la maison forestière, qu'elle a désertée le reste de la semaine, et n'a pas pu être localisée à nouveau. Quant à la première, elle a quitté son gîte forestier peu après et est retournée dans la maison forestière.

Ces observations confirment l'utilisation complémentaire des bâtiments et des arbres par la colonie, et soulignent l'importance de préserver un réseau diversifié de gîtes à l'échelle du massif et du paysage bocager environnant.

Une mobilisation collective

Cette mission a pu être menée grâce à l'implication de nombreux acteurs. Merci aux bénévoles du Groupe mammalogique breton, Guy Le Reste et Manon Pendu ; à Élodie Ouisse, Jérôme Bourgoin et Laurence Roche, techniciens forestiers territoriaux de l'Unité territoriale ONF Morbihan et Finistère Sud ; ainsi qu'aux membres du réseau Mammifères de l'ONF : Mickaël Ouisse, Laurent Tillon, Stéphane Oger et Alexia Couhier.