En forêt périurbaine, chaque décision de gestion doit être expliquée et partagée
Vous êtes forestier et responsable de l'unité territoriale de Versailles. Comment êtes-vous arrivé à ce poste ?
L'ONF fait partie de ma vie depuis toujours. Mon père était lui-même responsable de l'unité territoriale Ouest Essonne. J'ai grandi dans cet univers et, après le bac, je me suis orienté vers un BTS gestion forestière en alternance entre Versailles et Besançon. Cette formation m'a permis de découvrir des territoires et des massifs très différents.
À la sortie de mes études, j'ai travaillé à Île-de-France Nature comme technicien forestier. Je m'occupais notamment de l'aménagement des forêts pour l'accueil du public. C'est à ce moment-là que j'ai compris que ce qui m'intéressait le plus dans ce métier était de faire le lien entre la forêt et la société. J'ai ensuite rejoint l'ONF en alternance avant de devenir technicien forestier territorial à Versailles en 2018. Après six années sur ce poste, j'ai pris la responsabilité de l'unité territoriale en avril 2024.
Qu'est-ce qui vous plaît dans ce métier ?
La diversité. Un jour, je suis en réunion avec des élus, le lendemain sur un chantier forestier, puis en discussion avec des associations ou des usagers. J'apprécie particulièrement ce rôle d'interface. La gestion forestière ne consiste pas seulement à s'occuper des forêts. Elle implique aussi d'expliquer nos choix, d'écouter les attentes du public et de construire des solutions avec les différents acteurs du territoire.
Quelles sont les particularités de la gestion des forêts péri-urbaines par rapport à celle des espaces plus ruraux ?
Gérer une forêt périurbaine n'est pas la même chose que gérer une forêt située dans un territoire plus rural. Les forêts franciliennes comme Meudon, Fausses-Reposes ou Marly-le-Roi, sont implantées au cœur de zones fortement urbanisées et accueillent chaque année des millions de visiteurs. Elles répondent à un véritable besoin de nature. Les habitants viennent, pour beaucoup, y chercher un temps de ressourcement, de loisirs, de déconnexion. Cette proximité crée un attachement très fort à ces massifs et une attention particulière portée à leur gestion. Une coupe d’arbre, un chantier forestier ou la fermeture temporaire d'un secteur peuvent ainsi susciter de nombreuses questions, voire des inquiétudes ou des oppositions.
Cette situation nous conduit à adapter nos pratiques et à expliquer pourquoi nous agissons et comment nous préparons ces forêts aux défis de demain, C'est cette combinaison entre forte fréquentation, attentes sociétales et enjeux environnementaux qui fait la spécificité des forêts périurbaines et rend leur gestion différente de celle de massifs plus ruraux.
Comprenez-vous l'incompréhension du public vis-à-vis de vos actions de gestion dans certains massifs ?
La forêt est un lieu auquel les gens sont profondément attachés. Beaucoup ont une image très figée du paysage forestier et aimeraient qu'il reste identique au fil du temps. Or, une forêt est un milieu vivant qui évolue constamment. Certains arbres vieillissent, tombent malades ou deviennent dangereux. D'autres doivent être prélevés pour permettre à la forêt de se renouveler. Ces interventions sont parfois difficiles à accepter pour une partie du public. Dans certains cas, les échanges peuvent être tendus. Certains usagers contestent nos choix ou remettent en question notre expertise. Heureusement, la plupart des personnes sont ouvertes à la discussion lorsqu'on prend le temps d'expliquer les raisons de nos interventions.
Comment gérez-vous ces situations ?
Nous essayons avant tout d'écouter. Pendant longtemps, l'institution pouvait parfois être perçue comme celle qui détient le savoir et prend les décisions seule. Aujourd'hui, nous cherchons davantage à construire un dialogue. Nous multiplions les réunions publiques, les temps d'échange et les démarches de concertation. L'objectif n'est pas seulement d'expliquer ce que nous faisons, mais aussi de recueillir les attentes et les préoccupations des différents acteurs. La concertation menée en 2025 autour du futur document d'aménagement des forêts de Fausses-Reposes et de la Malmaison en est un bon exemple. Nous avons organisé plusieurs ateliers réunissant les élus, les services de l'État, les associations et les équipes de l'ONF afin d'échanger sur les grands enjeux de gestion forestière.
Des sujets sensibles ont été abordés, comme les coupes, l'accueil du public ou encore l'adaptation au changement climatique. Ces échanges permettent de mieux comprendre les attentes de chacun, de partager les contraintes de la gestion forestière et de construire des solutions qui tiennent compte des différents usages de ces massifs.
Comment travaillez-vous avec les élus locaux ?
Les maires sont souvent les premiers interlocuteurs des habitants lorsqu'une question se pose sur la forêt. Ils doivent pouvoir expliquer les travaux, les coupes ou encore les périodes de chasse. Mon rôle consiste donc à les informer le plus en amont possible, à leur présenter nos projets, nos orientations de gestion et les aménagements prévus. Plus les élus comprennent notre travail, plus ils peuvent répondre aux interrogations de leurs administrés. Cela permet d'installer une relation de confiance durable. Je veille également à transmettre régulièrement des informations aux associations et aux collectivités afin que chacun dispose des mêmes éléments de compréhension.
Il est essentiel de poursuivre l'ouverture au public et le dialogue avec la société. Les forêts occupent une place de plus en plus importante dans la vie des citoyens. Notre mission est de les préserver tout en permettant à chacun d'en profiter et de les comprendre