La prévention et la gestion des risques font partie de l'ADN de l'ONF
La prévention et la gestion des risques naturels est l’une des missions historiques de l’ONF. Pourquoi est-elle stratégique ?
Cette mission fait partie de l’ADN de l’ONF. Avec la Restauration des terrains en montagne (RTM), les forestiers agissent pour protéger les populations et les infrastructures face aux avalanches, aux chutes de blocs ou à l’érosion. Sur le littoral, les forêts contribuent à la stabilisation des dunes et à la lutte contre l’érosion ; dans les massifs exposés aux incendies, l’ONF et ses équipes de Défense des forêts contre les incendies (DFCI) sont mobilisés pour prévenir les feux de forêts, patrouiller et intervenir en cas de feux naissants, aménager les espaces, équiper les massifs de dispositifs de protection et mener des actions de prévention auprès du grand public. L’ensemble de ces missions porte une dimension stratégique majeure.
Ce qui caractérise l’ONF en tant qu’opérateur public, c’est la combinaison d’un haut niveau d’expertise technique et scientifique et d’un ancrage territorial fort. Cette singularité est reconnue : l’ONF est un interlocuteur de confiance, tant pour l’État au niveau national que pour les préfets, départements et collectivités.
Comment le soutien de l’État structure-t-il cette action à l’échelle nationale ?
Le maillage territorial de l’ONF permet d’apporter à l’État une connaissance fine des événements naturels lorsqu’ils surviennent. Mais l’établissement s’inscrit également dans le temps long : observation continue, capitalisation d’une mémoire des territoires, suivi des phénomènes grâce à des bases de données dédiées. En situation de crise, l’ONF est en mesure de fournir rapidement aux autorités administratives des analyses techniques précises, argumentées et adaptées aux réalités locales.
Le lien de confiance avec l’État, qui a confié à l’ONF trois missions d’intérêt général pour la prévention et la gestion des risques, repose sur cette double compétence : expertise consolidée, notamment à travers des partenariats scientifiques avec INRAE et d’autres opérateurs publics, et connaissance opérationnelle du terrain.
En quoi le changement climatique transforme-t-il les enjeux de prévention et de gestion ?
Les événements naturels sont aujourd’hui plus fréquents et plus intenses qu’il y a vingt ans. Les risques périglaciaires en sont une illustration : l’accélération de la fonte des glaciers et la déstabilisation des lacs d’altitude peuvent accroître la probabilité de crues torrentielles. L’épisode de La Bérarde en juin 2024 en offre un exemple particulièrement marquant. La catastrophe n’a pas été provoquée par un seul phénomène, mais par la combinaison de plusieurs facteurs : la vidange brutale d’un lac sur le glacier de Bonne Pierre, des précipitations exceptionnellement fortes et la fonte rapide de la neige accumulée en altitude.
Face à ces évolutions, l’ONF a renforcé son expertise pour identifier et suivre les sites exposés et améliorer les capacités d’anticipation. L’État accompagne cet effort en consolidant le financement des missions d’intérêt général et en permettant notamment le recrutement de trois ingénieurs dédiés à l’étude des risques périglaciaires. Dans un contexte de trajectoire climatique pouvant atteindre + 4 °C, l’intensification et l’extension des phénomènes accroissent mécaniquement l’exposition des populations, des infrastructures et des milieux naturels. L’appui de l’État est donc essentiel pour adapter en continu les dispositifs de prévention. S’agissant des incendies, dont neuf sur dix sont d’origine humaine, la sensibilisation et la prévention auprès du public demeurent un axe prioritaire dans un contexte où le réchauffement accroît la sensibilité de la végétation.
Qu’est-ce qui distingue l’ONF dans la gestion des risques complexes et évolutifs ?
La force de l’ONF réside dans sa capacité à appréhender la multiplicité des risques et leurs interactions. Après un incendie par exemple, des phénomènes d’érosion, de risques hydrauliques ou de chutes de blocs peuvent émerger. Les experts RTM prennent alors le relais des experts DFCI pour évaluer les conséquences et sécuriser les territoires. À la suite des feux de Ribaute en 2025, des études ont été conduites pour analyser les
risques d’éboulement sur des terrains brutalement privés de végétation. Les conclusions ont été transmises aux collectivités territoriales afin d’éclairer les premières décisions d’urgence. Ce travail d’analyse post-crise alimente également une amélioration continue des stratégies de prévention et d’aménagement.
Quels moyens sont mobilisés pour renforcer cette mission d’intérêt général ?
À la suite des incendies de 2022 en Gironde, les effectifs ont été renforcés, tant en expertise incendie qu’en agents de terrain mobilisés pour les patrouilles, l’intervention rapide et l’entretien des équipements DFCI. Une centaine de véhicules d’intervention équipés de kits hydrauliques ont été acquis ces deux dernières années. L’ONF développe également l’usage d’outils de télédétection, notamment les drones, afin d’affiner le suivi et la surveillance des phénomènes naturels. Les services spécialisés en RTM ont eux aussi été consolidés pour faire face à l’intensification des risques. Au-delà des interventions immédiates, l’établissement conduit un travail structurant d’identification des zones vulnérables et d’adaptation des forêts de protection. L’objectif est clair : permettre aux forêts de continuer à assurer leurs fonctions de protection dans un contexte climatique profondément transformé, tout en renforçant la résilience des territoires pour les générations futures. Prévenir, anticiper, adapter : protéger les forêts, c’est protéger durablement les populations et les territoires.