FAQ - Coupes rases, coupes de bois : quelle réalité dans les forêts publiques françaises ?
La coupe rase (ou coupe à blanc) consiste à prélever en une seule fois tous les arbres d’une même génération, suivie d’une régénération artificielle par plantation.
Dans les forêts publiques gérées par l’ONF, la régénération des forêts est traditionnellement réalisée par régénération naturelle, avec des coupes progressives.
Les coupes rases sont très minoritaires et représentent moins de 0,1 % de la gestion forestière. Elles sont utilisées en dernier recours, principalement en cas de dépérissement massif lié à la sécheresse, aux parasites (comme les scolytes qui déciment les épicéas) ou aux maladies (encre du châtaignier...) ; pour certaines essences, telles que le Pin maritime, qui nécessite beaucoup de lumière pour se régénérer ; lorsque l’essence forestière en place n’est plus du tout adaptée aux conditions climatiques futures.
Dans ces situations, la coupe est suivie d’une régénération naturelle et/ou de plantations adaptées avec un mélange d’essences identifiées pour leur résilience face au changement climatique (grâce à des outils scientifiques comme Climessences).
Une forêt gérée durablement fonctionne par cycles. Un arbre absorbe du CO₂ toute sa vie. Une fois récolté et transformé (construction, charpente, mobilier), le bois continue de stocker ce carbone et se substitue à des matériaux plus émetteurs.
Dans les forêts publiques, l’Office national des forêts s’assure que les arbres exploités sont bien renouvelés par de jeunes générations pour assurer la pérennité de la forêt publique, comme c’est le cas depuis plusieurs siècles. Chaque intervention s’inscrit dans un plan de gestion établi pour environ vingt ans, qui fixe les objectifs en matière de production de bois, de biodiversité, d’accueil du public et de protection des sols et de l’eau.
Le bois est le seul matériau naturel de construction qui pousse en captant du CO₂. Chaque poutre, chaque planche, c’est un petit coffre-fort à CO₂ : le carbone capté par l’arbre pendant sa croissance reste piégé dedans, parfois pendant des décennies ou des siècles (charpente des cathédrales).
Le bois est partout dans notre quotidien : dans nos maisons, nos meubles, nos papiers, nos emballages, notre papier toilette, nos médicaments, et même dans la recherche high-tech. Par exemple, des chercheurs ont réussi à faire de la fibre optique à base de cellulose.
Le bois, c’est non seulement esthétique, mais c’est utile et surtout écologique car source de « décarbonation » pour notre économie et d’alternative (par substitution) à des matériaux plus énergivores comme le béton ou l’acier.
C’est un matériau essentiel face au défi de l’atténuation au changement climatique. À condition bien sûr de ne pas couper n’importe comment : pour chaque arbre prélevé, il faut en faire pousser d’autres, et s’assurer que la forêt reste vivante, diverse et durable.
Il existe une diversité de types de coupes d’arbres qui sont effectuées tout au long de la vie d’un peuplement forestier.
En forêt publique, 98 % des coupes pratiquées chaque année sont des coupes progressives ou d’éclaircie (voir question ci-dessous), les coupes rases étant très minoritaires (moins de 0,1 %).
Avec une obligation et une responsabilité, inscrites au cœur du Code forestier : assurer la transmission et la pérennité du patrimoine forestier aux générations futures.
Les coupes interviennent à des moments clés de la vie de la forêt. Elles ne se font pas au hasard mais sont prévues à l’aménagement forestier, un document qui encadre la gestion forestière durable. A noter qu’en France, les forêts publiques disposent de nombreux statuts réglementaires et de protection. C’est l’un des pays au monde où la gestion forestière est la plus encadrée.
A propos des différents types de coupes :
- Les coupes d’éclaircies (ou d’amélioration). Elles interviennent dans les jeunes peuplements. Les arbres poussant naturellement très serrés, le forestier prélève les arbres les moins prometteurs pour permettre aux plus vigoureux de se développer.
- Les coupes de régénération (progressives). Ce mode de renouvellement progressif est majoritaire en forêt publique. Lorsque les arbres arrivent à maturité (par exemple 150 à 200 ans pour un chêne), les arbres adultes sont récoltés progressivement afin de laisser entrer la lumière et permettre aux jeunes semis naturels de s’installer. Cette phase peut durer une dizaine d’années ou plus selon les essences et les conditions locales. Les derniers arbres adultes sont coupés uniquement lorsque la nouvelle génération est suffisamment installée. Il s’agit de clore un cycle et d’en ouvrir un nouveau.
Pour le grand public, ces coupes de régénération peuvent être, à tort, perçues comme des coupes rases car elles ont un impact sur le paysage. Or, une nouvelle génération d’arbres est bien présente et la relève assurée. Cette régénération naturelle progressive garantit le couvert continu du sol par la végétation. A aucun moment le sol forestier n’est mis à nu. - Les coupes en taillis sous futaie (TSF). C’est une pratique très ancienne, mais toujours utilisée. Ce mode de coupe repose sur un équilibre entre deux étages d’arbres : un taillis de petits arbres qui se régénèrent rapidement (taillis) et une futaie composée d’arbres plus âgés servant de réserve (futaie). Environ tous les trente ans, les forestiers coupent le taillis et quelques grands arbres arrivés à maturité, tout en conservant les arbres d’avenir. Ce système permet de renouveler la forêt tout en gardant des arbres d’avenir.
- Les coupes sanitaires. Elles interviennent dans des situations accidentelles et imprévues. Les forestiers les réalisent lorsque les arbres deviennent dangereux : malades, attaqués par des insectes ou affaiblis par les tempêtes. Elles consistent à retirer ces arbres pour éviter que la maladie ou les parasites ne contaminent le reste de la forêt. Cette opération sert aussi à garantir la sécurité des promeneurs car un arbre fragilisé peut tomber ou perdre de grosses branches sans prévenir. Dans un contexte de changement climatique, ces interventions sont parfois nécessaires pour maintenir des forêts saines et plus sûres.
- Les coupes jardinées (ou irrégulières). Elles consistent à prélever des arbres d’âges différents, des plus petits aux plus gros, à intervalles réguliers, afin de maintenir des bois de qualité tout en préservant la stabilité paysagère. Ces éclaircies apportent la lumière nécessaire aux jeunes pousses et favorisent l’implantation de nouveaux semis, assurant ainsi la régénération de la forêt. Avec ce traitement, la forêt conserve en permanence un mélange d’arbres de tailles et d’âges différents. Elle maintient un couvert forestier en permanence tout en permettant de produire du bois.
Le terme “déforestation” ne correspond pas du tout à la réalité française. La forêt y est protégée, gérée et en expansion. La déforestation désigne le fait de remplacer durablement une forêt par un autre usage : agriculture, urbanisation, infrastructures, etc. Autrement dit, la forêt disparaît pour laisser place à autre chose. Ce n’est pas du tout ce qui se passe en France. En France, contrairement à beaucoup d’idées reçues, la forêt ne recule pas : elle progresse !
Selon l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN), la surface forestière métropolitaine augmente depuis plus d’un siècle : elle couvre aujourd’hui 32 % du territoire, contre 19 % en 1908. Il est important de ne pas confondre coupe d'arbres et déforestation. Lorsqu’une forêt est exploitée, les arbres coupés sont régénérés naturellement ou replantés.
Cela fait partie d’un cycle de gestion durable pratiqué depuis des générations. Par ailleurs, la France fait partie des pays où la gestion forestière est la plus strictement encadrée, notamment par le Code forestier, le Code de l’environnement et des documents de gestion durable obligatoires.
Pour rappel, les coupes rases en forêt publique sont très rares : elles représentent moins de 0,1 % des surfaces forestières chaque année. Ces coupes rases peuvent provoquer une perte de carbone dans les sols, mais l’impact n’est ni automatique ni identique partout.
Lorsqu’une coupe rase est réalisée, le sol se retrouve davantage exposé au soleil. Cette exposition peut accélérer la minéralisation de la matière organique : autrement dit, l’activité biologique du sol augmente et une partie du carbone qu’il contient peut-être transformée plus rapidement en CO₂ et libérer des éléments minéraux (l’azote, le potassium ou le calcium issu de la décomposition des branches, feuilles et racines). Si une végétation n’est pas rapidement installée pour les absorber, ces éléments peuvent être entraînés par les pluies vers les horizons profonds du sol, voire vers les cours d’eau. Ce phénomène appauvrit progressivement la couche superficielle, là où se concentre la matière organique, et peut affecter la fertilité du sol ainsi que sa capacité à maintenir son stock de carbone. L’effet dépend toutefois fortement du contexte local.
En terrain pentu, le risque d’érosion peut s’ajouter à ce processus, avec une perte physique de particules fines riches en carbone. Cependant, ces pertes éventuelles dépendent de nombreux facteurs : la taille de la coupe, la nature du sol, le climat, la rapidité de la régénération, la méthode d’exploitation et surtout la décision de réaliser ou non un travail du sol en plein, qui peut accentuer les perturbations. Une végétalisation rapide, qu’elle soit naturelle ou issue d’une plantation, joue un rôle déterminant pour stabiliser le sol, capter les éléments minéraux libérés et relancer les flux de carbone.
Pour bien comprendre la complexité du sujet, il est utile de prendre du recul. Les forêts du sud de la France, par exemple, sont globalement moins exploitées que celles d’autres régions, mais elles stockent pourtant trois fois moins de carbone. La chaleur, la sécheresse, des sols souvent moins profonds et le risque d’incendie, limitent naturellement leur capacité à accumuler du carbone. Cela montre qu’un stock élevé n’est pas, en soi, un indicateur suffisant de bonne santé forestière. Dans les régions chaudes et sèches, une forêt très dense et vieillissante peut même devenir plus vulnérable. Une biomasse importante augmente la quantité de matière inflammable et peut favoriser des incendies plus intenses, avec une libération massive de carbone. La forte densité accroît également la concurrence pour l’eau, aggravant le stress hydrique, et rend les arbres affaiblis plus sensibles aux insectes et aux maladies.
La gestion des forêts publiques repose majoritairement sur la régénération naturelle progressive : la nouvelle génération s’installe avant que les derniers arbres adultes ne soient récoltés.
Mais le changement climatique modifie profondément la donne. Les dépérissements liés aux sécheresses, aux parasites ou aux maladies conduisent parfois à intervenir sur des peuplements qui n’avaient pas encore amorcé leur régénération. Dans ces cas, une coupe sanitaire peut être nécessaire, parfois avant la mort complète du peuplement, afin d’éviter une dégradation totale et de reconstituer la forêt avec des essences plus adaptées aux conditions futures. L’enjeu devient alors de limiter au maximum les perturbations du sol.
Mais la question ne peut pas être réduite à un effet immédiat et isolé. Dans un contexte d’accélération du changement climatique, marqué par la multiplication des sécheresses, des incendies et des crises sanitaires, l’enjeu principal est de préserver la résilience des forêts sur le long terme. Il s’agit de sécuriser durablement leur capacité à stocker du carbone, à protéger les sols et à continuer d’assurer leurs fonctions écologiques et sociétales.
Priorité à la régénération naturelle
Depuis toujours, dans les forêts publiques, l’ONF privilégie le renouvellement naturel : les jeunes arbres poussent à partir des graines disséminées par les arbres adultes déjà en place. On est donc à l’opposé d’une logique fondée sur une installation artificielle systématique.
Des forêts diversifiées, pas de monoculture
Les forêts domaniales sont majoritairement diversifiées : 60 % des surfaces comptent 4 espèces d’arbres ou plus (données 2024) ; les 40 % restants représentant comptent de deux à quatre essences majoritairement. Avec le dérèglement climatique, les forêts trop homogènes sont plus vulnérables (tempêtes, sécheresses, maladies). La stratégie de l’ONF repose donc sur le développement de forêts mosaïques fondées sur la diversification des essences, la diversification des âges et des tailles d’arbres, et la variété des modes de gestion. Le principe est simple : plus une forêt est diversifiée, plus elle est résiliente.
Non. Les chiffres montrent l’inverse : les forêts publiques sont composées de 58 % de feuillus et 42 % de résineux. La surface de peuplements de résineux purs a diminué de 15 % depuis 1985, signe d’une évolution vers davantage de mélange.
La diversité biologique est vitale pour la santé des forêts et leur productivité ainsi que pour l’environnement. La préservation de la biodiversité fait partie des missions de l’ONF dans les forêts publiques. Celles-ci reposent sur une diversité de milieux et de modes de sylviculture (futaie régulière, futaie irrégulière). Au quotidien, cette ambition se traduit par la prise en compte d’enjeux environnementaux dans la gestion forestière, avec notamment la conservation d’arbres « habitats », la mise en place d’îlots de vieux bois, l’interdiction de produits phytosanitaires ou encore la préservation des sols et des cours d'eau.
En laissant la place aux jeunes pousses qui vont pouvoir s’épanouir à leur tour, les espaces ouverts temporairement créés par les coupes vont favoriser la présence de certaines espèces d’insectes, d’oiseaux et de plantes exclusivement inféodés à ces zones (ex. Milan Royal, Balbuzard pécheur…). Toutes les parcelles ne sont ainsi jamais exploitées simultanément et cette mosaïque de milieux permet un équilibre des écosystèmes.
A noter : dans certains cas, la richesse naturelle très élevée d'un site justifie le besoin d'une protection réglementaire renforcée et d'une gestion spécifique. Depuis un quart de siècle, l’ONF a progressivement placé 10,4 % des surfaces de forêts domaniales métropolitaines sous statut d’aires protégées fortes contribuant aux objectifs de la Stratégie nationale pour les aires protégées (SNAP).
A ce titre, l’ONF gère un réseau de 257 réserves biologiques (intégrales, mixtes, dirigées) en France métropolitaine et en outre-mer, qui couvrent environ 145 853 ha.
Au quotidien, les équipes sont également engagées dans des programmes de surveillance de la biodiversité et de travaux de restauration de la nature pour préserver les espèces et les habitats écologiquement intéressants (landes, mares, tourbières, pelouses, vieux bois). Autre enjeu majeur : la protection des sols forestiers à travers différentes actions : programmes de recherche pour limiter les effets de tassement des sols, mise en place de cloisonnements pérennes d'exploitation, interdiction de travaux forestiers lorsque les sols sont gorgés d'eau, développement de techniques comme le débardage par câble aérien.
Enfin, il est établi que la gestion de l’ONF n’a nullement porté atteinte à la reconnaissance par l’Union Européenne de 40 % des surfaces de forêt domaniale en site Natura 2000, preuve de leur qualité patrimoniale.
Coupes d'arbres et gestion durable des forêts
En quoi couper des arbres serait-il un atout pour les citoyens et l'environnement ? Tout au long de sa vie, un arbre absorbe du carbone, empêchant sa libération dans l'atmosphère et luttant ainsi tout naturellement contre le réchauffement climatique.
Une fois coupé, le bois n'absorbe plus mais continue de stocker le Co2 assimilé. Faire perdurer les espaces boisés, les préserver et assurer leur santé : c’est là toute la mission des forestiers de l’ONF. Attention, rien n’est coupé au hasard.
Dans les forêts publiques gérées par l'Office, chaque récolte de bois répond à un cadre strict : celui de la gestion durable et raisonnée des peuplements. Pour procéder à une coupe, le forestier doit expressément s'assurer qu'elle n'entravera pas la capacité de renouvellement de la forêt, mais aussi, qu'elle ne perturbera pas l'équilibre de la faune, de la flore ni des habitats.
Avec une gestion forestière adaptée, les arbres se régénèrent en permanence. Dans les forêts domaniales, les récoltes de bois sont stables, voire en baisse depuis 1995. Chaque fois qu’il coupe un arbre, le forestier favorise en effet, le développement de plusieurs autres, qui deviendront plus tard aussi grands, majestueux que leurs ancêtres et abriteront tout autant de biodiversité.
En plus de contribuer positivement à tous les défis de la transition écologique, la production de bois est une activité économique vertueuse. Elle fournit en effet un matériau renouvelable permettant de répondre aux besoins de la société en termes de construction, d’énergie, de papeterie, et bien d’autres domaines.
La filière forêt-bois se substitue à des modèles de développement à empreinte carbone bien plus élevée et emploie près de 400 000 personnes en France, avec des métiers et savoir-faire diversifiés.