Réserve biologique intégrale de Bannes-Ravines
La réserve biologique intégrale de Bannes-Ravines se trouve dans les Vosges gréseuses, à une quinzaine de kilomètres au nord de Saint-Dié. Elle couvre la totalité de la forêt domaniale de Bannes (205,67 ha), en deux parties distantes de 3 km, et une partie de la forêt domaniale du Val-de-Senones (107,58 ha) attenante à la partie ouest de la forêt de Bannes.
La réserve est incluse dans la vaste ZNIEFF de type 2 "Vosges moyennes" et, marginalement, dans la ZNIEFF de type 1 "Forêt domaniale du Val-de-Senones à Moussey". Elle fait partie de la ZPS "Massif vosgien".
©A. Veyssière
Histoire
La forêt domaniale de Bannes a un historique particulier, ayant été créée en 1993 par le regroupement de parcelles de crête des forêts domaniales du Val-de-Senones, de Celles et de Bois Sauvage, avec l'objectif spécifique de créer une réserve biologique dirigée (RBD) pour la préservation du Grand tétras et de ses habitats. La concrétisation du projet a été retardée par la tempête de 1999, qui n'a pas beaucoup touché le site mais a bouleversé les forêts d'une grande partie du massif vosgien et leurs priorités de gestion. La forêt de Bannes a néanmoins commencé à faire l'objet d'une gestion particulière. Puis, avec la disparition du Tétras de cette partie des Vosges, le projet de réserve a été conservé mais reconverti en RBI, avec dorénavant un objectif de libre évolution des habitats forestiers. Par la même occasion, la réserve a été étendue sur une partie de versant plus bas en forêt du Val-de-Senones, présentant notamment d'intéressants milieux forestiers humides.
La forêt de Bannes avait été dénommée en référence à la toponymie locale et au chemin qui traverse ce grand massif forestier d'ouest en est, entre Raon-l'Etape et le col de Prayé, en limite avec le Bas-Rhin. Ce chemin, empruntant la ligne de faîte, était un ancien et important itinéraire gallo-romain qui conduisait de Langres à Strasbourg en passant près du Donon. Du Moyen-Âge au XVIIIe siècle, du charbon de bois était produit en forêt pour les fours des mines et forges de Framont (sur versant alsacien du Donon), puis transporté dans de grands paniers montés sur roues appelés "bannes". Le chemin des Bannes en tire son nom.
Cette partie du massif vosgien a été le théâtre de violents combats lors de la première guerre mondiale. Dès la fin de la guerre de mouvement en 1914 et jusqu'à la fin du conflit, la ligne de front s'est trouvée entre les deux cantons de la réserve, avec des déplacements de faible amplitude des premières lignes françaises et allemandes entre 1914 et 1918. La forêt n'a pas été ravagée par les combats comme en d'autres parties du front mais a néanmoins fait l'objet de prélèvements plus ou moins importants par les troupes stationnées. Quelques vestiges d’ouvrages militaires (casemates) existent dans la forêt.
Géologie - Pédologie
La réserve biologique de Bannes-Ravines repose uniquement sur deux formations gréseuses du Trias inférieur (Buntsandstein) qui sont, de bas en haut :
- Le Grès vosgien (Buntsandstein inférieur), très riche en sable siliceux et comportant très peu d'argile et de fer.
- Le Conglomérat principal (Buntsandstein moyen). Il est constitué de galets roulés de quartz, de quartzites marrons ou gris de dimensions très variables, englobés dans un ciment siliceux semblable au Grès vosgien. Il constitue souvent des entablements couronnant de façon typique les hauteurs de cette partie des Vosges gréseuses. Il forme de petites falaises dont le démantèlement parsème de blocs les pentes en contrebas.
Sur ces deux types de roches-mères, les sols sont plus ou moins profonds ou superficiels, toujours pauvres et acides, souvent podzolisés, avec des humus peu actifs et épais (moder, dysmoder). Certains sols sont filtrants et plus ou moins secs, d'autres en fonds de vallons sont humides voire paratourbeux.
©Louise Colomb / ONF
Milieux naturels
La réserve de Bannes-Ravines se situe à l’étage montagnard moyen. Elle bénéfice de pluies régulières et importantes favorables aux sapinières acidiphiles (CB : 42.13 -N2000 : 9410) avec diverses variantes en fonction des sols et des expositions : à Luzule blanchâtre, à Pin sylvestre et Myrtille en conditions plus chaudes et sèches, à sphaignes sur sols engorgés au niveau de suintements et de fonds de vallons.
A la suite des tempêtes de 1999 mais aussi de 2008, et de l'abondance de chablis et volis non exploités dans la future réserve, la RBI présente des quantités très élevées de bois mort : 57 m3/ha sur le canton ouest et près de 91 m3/ha sur le canton est.
©Nicolas Drapier / ONF
©Nicolas Drapier / ONF
Flore et fonge
La RBI de Bannes-Ravines abrite plus de 200 espèces vasculaires, cette diversité étant en grande partie associée aux fonds de vallons, bords de ruisseaux et lisières (inventaire réalisé par l'association naturaliste Etc... Terra). La flore plus spécifiquement forestière, comme habituellement sur sols acides, est moins diversifiée et principalement composée d'espèces communes. 16 espèces sont considérées comme remarquable, dont quatre sont protégées au niveau national : deux très discrètes fougères des rochers humides en ambiance forestière confinée, l'Hyménophylle de Tunbridge et la Vandenboschie remarquable ; deux lycopodes des sols dégagés en situation de lisières, le Lycopode des Alpes et le Lycopode petit-cyprès.
La flore bryophytique est très riche, comme souvent sur sols acides, tant secs qu'humides. Ont été trouvées pas moins de 167 espèces parmi lesquelles la Buxbaumie verte (PN, DH2 et 4) sur bois pourrissants, et la très rare Geocalyx graveolens, connue en France uniquement dans les Pyrénées-Orientales et le massif vosgien.
En ce qui concerne les champignons, 148 espèces lignicoles ont été identifiées par le réseau Mycologie de l'ONF en 2011-2012, dont 15 considérées comme remarquables, en lien avec le fort volume de bois mort.
©Sébastien Laguet / ONF
Faune
La réserve de Bannes-Ravines, avec son important volume de bois mort et une maturité forestière déjà bien exprimée, abrite de nombreuses espèces de coléoptères saproxyliques. Entre 2009 et 2011, le réseau Entomologie de l'ONF en a relevé 316 espèces, dont 22 bioindicatrices de la qualité des forêts françaises et conférant au site un intérêt de niveau régional.
Cette réserve est aussi le domaine des petites chouettes de montagne (Chouette de Tengmalm et Chevêchette), du Pic noir (dont les chouettes utilisent les loges), de la rare Gélinotte des bois dans les milieux plus arbustifs (tous inscrits à l'annexe 1 de la directive Oiseaux).
Les ongulés sauvages (Chevreuil, Cerf, Sanglier) sont très présents et compromettent la régénération de l'essence appétante qu'est le Sapin. Le Lynx boréal est de passage. Certains blockhaus de la Première guerre mondiale servent d’abri à des chiroptères, dont le Petit rhinolophe.
Gestion
Après sa création en 1993 et jusque dans les années 2010, la forêt de Bannes a fait l'objet de coupes et de travaux avec l'objectif principal de maintenir des habitats favorables au Grand tétras : entretien de peuplements irréguliers et clairs avec tapis de myrtilliers pour la nidification et l'alimentation de l'espèce, etc.
Avec la disparition du Tétras et la reconversion du projet en RBI, il a été mis fin à toutes coupes hormis pour la sécurisation des chemins forestiers longeant la réserve et des sentiers balisés la traversant. Après concertation avec le Club vosgien, dans le contexte d'un massif sillonné d'itinéraires de randonnée, plusieurs sentiers ont été détournés et débalisés pour préserver la quiétude du site et réduire la contrainte d'interventions dans les peuplements aux fins de sécurisation. Même si le Tétras n'est plus présent, la canalisation de la fréquentation reste un enjeu important dans le massif. La circulation pédestre dans la réserve est interdite en dehors des sentiers balisés, et celle de tous véhicules (y compris vélos) l'est intégralement.
La gestion de la réserve consiste principalement en études naturalistes et suivis de l'évolution de la forêt.
©Nicolas Drapier / ONF