©Ludovic Fuchs / ONF

Réserve biologique intégrale de la Chatte Pendue

La réserve biologique intégrale (RBI) de la Chatte Pendue se trouve en forêt domaniale du Donon (67).

Localisation

  • forêt : forêt domaniale du Donon
  • communes : La Broque, Plaine
  • département : Bas-Rhin (67)
  • région : Grand Est

Identité

  • date de création : 28/05/2026
  • surface : 52,88 ha
  • catégorie UICN d'aire protégée : 1a
  • code national INPN : FR2400290

Gestion

  • direction territoriale ONF : Grand Est
  • agence territoriale : Schirmeck

La réserve biologique de la Chatte Pendue se trouve dans les Vosges gréseuses alsaciennes, dans le massif du Donon, à moins de 8 kilomètres au sud-ouest de Schirmeck. Elle occupe une petite éminence entre 800 et 900 m d'altitude au sein d'un très vaste massif forestier.

La réserve est concernée par la ZNIEFF de type 1 "Massifs de la Chatte pendue, du Château de Salm à la Côte de Plaine", au sein de la vaste ZNIEFF de type 2 "Forêts de montagne des Vosges moyennes du massif du Donon au Schneeberg". Elle constitue une partie de la ZPS "Donon- Schneeberg".

Le site de la réserve a la particularité d'être entièrement enclos depuis le début des années 1990. Son point culminant, le rocher de la Chatte Pendue, reste desservi par un sentier pédestre balisé et offre un beau panorama. 

Histoire

Le site de la Chatte Pendue a fait partie des biens de la principauté de Salm, qui a constitué jusqu'au XVIIIe siècle un état indépendant. Longtemps, ces forêts ont alimenté des forges. A la Révolution française, la principauté disparut, les forêts devinrent domaniales et furent incorporées au département des Vosges. Après la défaite française de 1871, l’ensemble des forêts issues des biens de l'ancienne principauté de Salm furent annexées à l'Empire allemand. De retour à la France (et au département du Bas-Rhin) en 1918, elles devinrent forêt domaniale de Schirmeck puis forêt domaniale du Donon en 1928.

La réserve de la Chatte Pendue a un historique déjà ancien et particulier. Le premier projet de réserve remonte au début des années 1990, en tant que réserve biologique dirigée (RBD) consacrée à la préservation du Grand tétras et de ses habitats. C'est à cet effet que le site fut clôturé (et que les exploitations forestières y furent abandonnées), pour protéger à la fois la régénération du Sapin, le milieu de nidification du Tétras et ses ressources alimentaires (Myrtille, Sorbier des oiseleurs...), contre la dent des ongulés sauvages particulièrement abondants dans cette partie du massif vosgien. Après la disparition du Tétras, le projet de réserve fut reconverti en RBI et recentré sur la partie enclose, pour y profiter du capital déjà important de maturation écologique de la forêt et en particulier d'accumulation de bois morts.

Géologie - Pédologie

La réserve repose entièrement sur des substrats gréseux du Trias inférieur :

  • Principalement le Grès vosgien (Buntsandstein inférieur), grossier, très siliceux et pauvre en minéraux altérables.
  • Sur la crête de la Chatte Pendue, la réserve est couronnée par une bande discontinue de Conglomérat principal (Buntsandstein moyen), très riche en galets siliceux au sein d'une même matrice de grès. Ce conglomérat forme des entablements bordés de petites falaises. Par son écroulement, il donne des chaos de blocs sur les versants en contrebas.

Ces matériaux donnent des sols très acides, podzolisés et à humus épais (moder, dysmoder).

Milieux naturels

La RBI de la Chatte Pendue est le domaine de la hêtraie-sapinière acidiphile médioeuropéenne (CB : 41.11 - N2000 : 9110), avec des peuplements dans lesquels le Sapin est souvent majoritaire. L'Epicéa, non-naturel dans cette partie des Vosges, a été anciennement introduit et sa régénération a été favorisée par le fait qu'elle soit beaucoup moins appétente et sensible à la dent des ongulés. Grâce à l'enclos, la régénération du Sapin est de nouveau bien présente, de même que celle d'autres espèces vulnérables comme le Sorbier ou l'Alisier blanc, et la Myrtille a retrouvé une hauteur inhabituelle. 

Non exploitée depuis 40 ans, la réserve montre de nombreux signes de maturité forestière. On y compte en moyenne 147 m3 de bois mort à l’hectare, ce qui la place en tête de toutes les sites dans lesquels le protocole de suivi dendrométrique des réserves forestières a été appliqué.

Flore et fonge

La flore vasculaire de la réserve est relativement pauvre en espèces (moins de 40), situation typique des forêts sur sols acides. Seul le Lycopode sélagine est protégé, au niveau régional.

Comme habituellement dans ces stations acides, la bryoflore est nettement plus riche. Plus de 90 espèces ont été trouvées, dont quatre considérées comme menacées en Alsace.

210 espèces de champignons lignicoles ont été recensées par le réseau Mycologie de l'ONF entre 2013 et 2015, dont 14 considérées comme bioindicatrices de forêts présentant une naturalité plus ou moins élevé. Ce nombre est considéré comme relativement faible, les bois morts étant très abondants mais souvent encore relativement récents

Faune

Le site étant en libre évolution depuis 1986, le réseau Entomologie de l'ONF a dénombré 330 espèces de coléoptères entre 2008 et 2010, dont 214 saproxyliques, 31 faisant partie de la liste des espèces indicatrices de la valeur biologique des forêts françaises (intérêt de niveau régional). Une espèce trouvée sur le site, Omalium septentrionis, y était nouvelle pour la faune de France.

Le réseau Avifaune de l'ONF a réalisé un inventaire dans la réserve de 2014 à 2016. 41 espèces d’oiseaux ont été contactées, dont 33 nicheuses. Trois sont inscrites à l'annexe 1 de la directive Oiseaux : la Chevêchette d’Europe, la Chouette de Tengmalm et le Pic cendré. Le Grand corbeau est également connu sur ce site. 

Une inventaire des chiroptères a été réalisé par le réseau Mammifères de l'ONF en 2018. 15 espèces ont été contactées sur les 23 connues en Alsace, ce qui représente une forte diversité. Quatre sont inscrites à l'annexe 2 de la directive Habitats : la Barbastelle, le Grand murin, le Murin à oreilles échancrées, le Murin de Bechstein. 

Malgré l'enclos, les ongulés restent présents dans la réserve, mais bien moins qu'à l'extérieur : Chevreuil, Cerf, Sanglier. Le Loup gris et le Lynx boréal ont régulièrement été contactés à proximité depuis le milieu des années 2010.

Gestion

Depuis 1986, il n’y a plus eu d’exploitation sylvicole dans la zone de la future réserve. Les chablis et arbres morts sur pied issus de la tempêtes Lothar de 1999 ou des attaques de scolytes ont été intégralement conservés sur place. Certains épicéas secs ont été abattus afin d'éviter des risques pour les personnes (le long du sentier balisé) ou pour les équipements (enclos) ; ces arbres ont été laissés en l'état au sol.

Avec ses 52 ha, la réserve de de la Chatte Pendue est d'une taille inhabituellement petite pour une RBI de montagne. Mais son enclos (3,5 km de périmètre) confère une particularité unique à la réserve, parmi les nombreuses autres RBI du massif vosgien consacrées aux mêmes habitats de sapinières ou hêtraies. Il sera maintenu et entretenu, l'objectif n'étant pas qu'il soit étanche (ce qui serait un artifice) mais que l'équilibre faune-flore et l'état de conservation des habitats forestiers soient meilleurs qu'à l'extérieur de la réserve.

La circulation du public dans la réserve est autorisée uniquement sur le sentier pédestre du Club vosgien, balisé et sécurisé, traversant la réserve en passant par le sommet de la Chatte Pendue. A ses deux extrémités, il est équipé d'escaliers en bois pour le franchissement de la clôture. 

Ressources