La réserve vue depuis la Montagne de Sous-Dine – ©Brice Henriot / ONF

Réserve biologique dirigée de la Montagne des Frêtes

La réserve biologique dirigée (RBD) de la Montagne des Frêtes se trouve en forêt domaniale de la Haute-Fillière (74).

Localisation

  • forêt : forêt domaniale de la Haute-Fillière
  • commune : Fillière
  • département : Haute-Savoie (74)
  • région : Auvergne-Rhône-Alpes

Identité

  • date de création : 30/08/1995
  • surface : 244,58 ha
  • catégorie UICN d'aire protégée : 4
  • code national INPN : FR2300144
  • code international Protected planet : 142716

Gestion

  • direction territoriale ONF : Auvergne-Rhône-Alpes
  • agence territoriale : Savoie Mont Blanc

La réserve biologique dirigée de la Montagne des Frêtes est située dans les Alpes externes, dans le massif des Bornes, à quelques kilomètres de la localité de Thorens-Glières et une vingtaine à l'est de l’agglomération d’Annecy.

Situé entre 1500 et 1800 m d'altitude, ce site essentiellement forestier n’a pas connu d’intervention sylvicole notable depuis les dernières coupes vers 1910, ce qui en a fait un espace de naturalité et de quiétude favorable à des espèces telles que le Tétras lyre ou le Pic tridactyle.

La réserve est concernée par la ZNIEFF de type 1 "Montagne de Sous-Dine, roche Parnal - les Tampes - Champ Laitier", au sein de la ZNIEFF de type 2 "Centre du massif des Bornes". Elle fait partie du site Natura 2000 (ZSC et ZPS) "Les Frettes - Massif des Glières".

Une dimension historique est attachée à cette réserve par la préservation de l’ensemble du plateau des Glières au titre des sites inscrits, en mémoire des combats du maquis des Glières au printemps 1944.

Histoire

Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, surexploitée par les prélèvements excessifs de bois et le pâturage intensif, la forêt n'existait plus que sous forme de lambeaux épars sur les terrains de la Montagne des Frêtes qui composent aujourd'hui la forêt domaniale de la Haute-Fillière. 

Acquis par l'Etat en 1930 dans le cadre de sa politique de restauration des terrains en montagne (RTM), le site de Champ Laitier, couvrant près d’un millier d’hectares, avait précédemment une vocation purement agricole. À cette époque, seule la zone en ubac de la Montagne des Frêtes était en partie boisée, avec un peuplement clairsemé et jeune.

L’objectif principal de cet achat était le reboisement du secteur pour régulariser le régime hydrologique de la Fillière, affluent capricieux du Fier. Des plantations furent menées sur 30 ha seulement et échouèrent à 80%. 

Après la Deuxième guerre mondiale, l’orientation politique change et le reboisement des pâturages est abandonné au profit d’une volonté de réactiver l’activité pastorale. Au sein de la forêt domaniale, c'est le vallon de Champ Laitier qui voit cette vocation confortée. Quant à la Montagne des Frêtes et ce qui en deviendra la réserve biologique, elle n'a fait l’objet ni de reboisements ni d’exploitation forestière depuis au moins 1930 et la végétation y a évolué naturellement à partir du moment où le pâturage a été abandonné dans ce secteur.

Géologie - Pédologie

Située dans le massif des Bornes, la Montagne des Frêtes fait partie des premiers contreforts occidentaux des Préalpes. Le vallon de Champ Laitier constitue un synclinal perché dont l’axe est orienté vers le nord-est. Dans le fond affleurent des marnes et flysch de l'Oligocène inférieur à moyen.

La réserve, pour sa part, occupe le haut du versant exposé au nord-ouest. Son substrat géologique est entièrement constitué de calcaire de l’Urgonien (étage du Crétacé supérieur), une roche dure, fissurée et érodée en lapiaz.

Les sols qui s’y forment sont dans l'ensemble superficiels. Il s’agit essentiellement de sols litho-calciques, à humus brut reposant sur le calcaire, tandis que des sols humo-calciques se rencontrent dans les zones plus abritées, comme les combes ou les dépressions.

Milieux naturels

En dépit des sa géologie contraignante et de la forte présence de l'élément rocheux, la RBD de la Montagne des Frêtes est très majoritairement composée d'habitats forestiers : 

  • La pessière subalpine à Myrtille (CB : 42.21 - N2000 : 9410),  typique de l’étage subalpin, est l'habitat prépondérant. Elle présente plusieurs variantes : mésophile à Homogyne alpine, mésohygrophile à hautes herbes, à Doradille sur lapiaz. 
  • La pineraie de Pin à crochets (42.4 - 9430*), en conditions encore plus contraignantes, présente aussi des variantes : hygrosciaphile à Lycopode sabine, mésoxérophile à Cotonéaster des Alpes.

Corollaire de l'historique d'anthropisation, paradoxal mais fréquent en forêt domaniale RTM : la réserve biologique n'est que très partiellement constituée de forêt ancienne (apparaissant déjà comme boisée sur la première carte d'état-major du milieu du XIXe siècle) mais les peuplements présentent néanmoins des caractéristiques remarquables de maturité et de naturalité grâce à un siècle de libre évolution.

Bien que plus réduits en surface, les milieux ouverts, notamment les pelouses subalpines (36.43), présentent eux aussi un fort intérêt patrimonial et fonctionnel. Ils ont un rôle important pour la conservation de nombreuses espèces.

Enfin, par-delà leur valeur patrimoniale intrinsèque, l’ensemble de ce complexe d'habitats est essentiel à la conservation du Tétras lyre, espèce emblématique des milieux subalpins.

Flore et fonge

La flore de la réserve est typique des forêts résineuses du subalpin. 171 espèces de flore vasculaire et 17 espèces de mousses ont été recensées. Certaines d’entre elles présentent un intérêt patrimonial notable, notamment le Lycopode sélagine (PR) et la Grassette rose.

Un inventaire des champignons a été réalisé parle réseau Mycologie de l'ONF de 2021 à 2023. 205 taxons ont été trouvés, dont 4 considérés comme menacés au niveau national. Le site présente une valeur patrimoniale moyenne pour ce groupe.

Faune

 

Un inventaire des coléoptères saproxyliques a mis en évidence plus de 170 espèces dans la réserve, dont 16 à indice patrimonial 3 et une espèce à Ip4 (très rare). Parmi les autre groupes d'insectes, une soixantaine de papillons ont été trouvés, dont l'Apollon (PN, DH2 et 4) et l'Azuré du serpolet (DH4, PN).

La réserve constitue un habitat favorable aux petites chouettes de montagne : Chevêchette d'Europe (DO1) et Chouette de Tengmalm (DO1). Elle abrite au moins quatre espèces de pics sur les neuf présentes dans les Alpes françaises : le Pic épeiche, le Pic noir (DO1), le Pic vert et le rare Pic tridactyle (DO1), associé aux forêts à fort volume de bois mort. 

La présence du Tétras lyre avait constitué un des motifs de la création de la réserve. Les habitats subalpins présents sur le site répondent aux besoins écologiques de cette espèce, tant pour le gîte que pour l’alimentation. En hiver, son régime alimentaire se compose à 90 % d’aiguilles, de bourgeons et de cônes de Pin à crochets, essence dominante dans certaines zones de la réserve. Le Tétras Lyre est l’objet de suivis menés dans la réserve par l’Office français de la biodiversité (OFB). Autre galliforme de montagne, la Gélinotte des bois est confirmée comme nicheuse dans la réserve depuis 2023.

12 espèces de chiroptères ont été contactées dans la réserve en 2020, dont trois inscrites à l'annexe 2 de la directive Habitats : Murin à oreilles échancrées, Murin de Bechstein, Petit Murin. 

Des mammifères montagnards typiques sont aussi présents dans la réserve, sédentaires ou de passage : Cerf élaphe (réintroduit en 1975), Chamois, Bouquetin (réintroduit à la montagne de Sous-Dine, au sein de la même forêt domaniale), Marmotte, Lièvre variable, Lynx. 

Gestion

Les suivis naturalistes représentent une part importante de la gestion de la réserve. 

Des travaux de création de trouées ont été réalisés dans certains peuplements d’épicéas afin de restaurer un milieu plus favorable au Tétras lyre. A cette exception près, les milieux de la réserve sont laissés à leur évolution naturelle.

Pour la quiétude de la faune, été comme hiver (notamment pour l'hivernage du Tétras lyre), ainsi que pour la sécurité des usagers (à cause des dangers liés aux lapiaz), la circulation des piétons est limitée au sentier balisé qui traverse la réserve de Champ Laitier au col des Glières.  

Ressources