©Dominique Amon-Moreau / ONF

Réserve biologique dirigée des Beaux Monts et des Mares Saint-Louis

La réserve biologique dirigée (RBD) des Beaux-Monts et des Mares Saint-Louis se trouve en forêt domaniale de Compiègne (60).

Localisation

  • forêt : forêt domaniale de Compiègne
  • communes : Compiègne, Vieux-Moulin
  • département : Oise (60)
  • région : Hauts-de-France

Identité

  • date de création : 26/06/2024
  • surface : 160,93 ha
  • catégorie UICN d'aire protégée : 4

Gestion

  • direction territoriale ONF : Seine-Nord
  • agence territoriale : Compiègne

La réserve biologique dirigée des Beaux Monts et des Mares Saint-Louis fait partie d’un massif forestier de près de 20 000 hectares constitué autour des trois forêts domaniales de Compiègne, Laigue et Ourscamp-Carlepont.

Le site des Beaux Monts a fait l’objet d’une gestion conservatoire particulière depuis la deuxième moitié du XIXe siècle et son classement en "série artistique", dans l’objectif de "maintenir jusqu’à son complet dépérissement la belle et majestueuse futaie" (extrait de l'aménagement de 1887).

Depuis le début des années 2000, les démarches de concertation engagées avec les naturalistes, scientifiques, usagers de la forêt et autres partenaires ont abouti successivement à l'intégration du site au réseau Natura 2000 puis à la création de la réserve biologique des Beaux Monts et des Mares Saint-Louis, qui est venue compléter la RB des Grands Monts, créée dès 1980. Les deux réserves sont  incluses dans la ZPS "Massif de Compiègne" et la ZSC "Forêts picardes de Compiègne, Laigues, Ourscamp". La forêt domaniale de Compiègne tout entière a été labélisée Forêt d'Exception.

Histoire

L'historique connu des peuplements des Beaux Monts remonte au XVIe siècle : les chênes sessiles sont plantés par les moines de l'abbaye de Saint-Corneille en 1547 sur une centaine d'hectares. C'est ce peuplement qui sera conservé jusqu'à nos jours.

En 1810 est créée la grande allée qui relie les Beaux Monts au château de Compiègne, résidence impériale.

Sous Napoléon III, les Beaux Monts sont classés en "série artistique" pour conserver la chênaie déjà tricentenaire. L'avenue des Beaux Monts est prolongée et il est créé, avec la route Eugénie, un véritable parcours touristique. 

Le caractère monumental des chênes des Beaux Monts leur a valu d'avoir été conservés à travers les six aménagements successifs de la forêt domaniale depuis 1887. Ces chênes arrivés jusqu’à nous cohabitent avec des hêtres bicentenaires pour former un peuplement exceptionnel par sa maturité écologique, sa biodiversité et ses qualités paysagères, qui lui ont également valu de recevoir en 2025 le label "Ensemble arboré remarquable".

Depuis la fin du XXe siècle, la forêt de Compiègne a souffert de tempêtes (1984, 1987, 1990, 1999, 2013), de l'alternance des périodes de sécheresse depuis 2003 mais aussi d'inondation (2001). Les hêtres comme les chênes faiblissent, et l’état sanitaire général de la forêt ne cesse de se dégrader avec les effets croissants du changement climatique.

Géologie - Pédologie

La forêt de Compiègne repose sur des terrains sédimentaires, datant principalement du Tertiaire, composés de sables, d'argiles et de calcaires grossiers. Les calcaires du Lutétien forment une côte dominant le sud-est de la forêt et couronnent des buttes témoins, dont celle des Beaux Monts.

Sur le site des Beaux Monts, les substrats sont majoritairement des sables. La partie nord (sommet de la butte témoin) est davantage constituée de calcaires, tandis que l’on note la présence de terrains marno-calcaires, voire argileux, sur le versant sud.

Sur le site des Mares Saint-Louis, les substrats sont majoritairement limoneux (colluvions), avec des sables à l'est.

Milieux naturels

Les deux sites de la réserve sont majoritairement constitués d'habitats forestiers.

Le site des Beaux Monts est largement dominé par la hêtraie-chênaie mésoneutrophile à Jacinthe des bois (CB : 41.13- N2000 : 9130). Il s'agit d'un habitat d'intérêt communautaire mais très commun dans le domaine atlantique.

Le site des mares Saint-Louis est également dominé quantitativement par des hêtraies-chênaies mésoneutrophiles ou acidiphiles (41.12 - 9120). Il se distingue néanmoins par son complexe de milieux humides, allant de la chênaie pédonculée à Molinie (41.51 - 9190) aux mares et habitats associés, même si ces milieux ouverts ne représentent qu'une faible surface.

Les mares et leurs abords hébergent un complexe d'habitats comprenant des herbiers aquatiques (à charophytes, à Potamot nageant, à Riccie flottante, à Utriculaire, à Lentille d'eau, à Glycérie flottante), des végétations amphibies (à Renoncule flamette et Jonc bulbeux), des cariçaies (à Laîche paniculée, L. espacée, L. des rives, L. des marais), de la moliniaie.

Particularité historique de la forêt de Compiègne, et par laquelle la réserve n'est pas épargnée : la présence du Cerisier tardif, espèce américaine introduite au XIXe siècle et qui s'est avérée être une  redoutable espèce exotique envahissante (EEE). Selon les secteurs, il est encore possible de la contenir par des travaux ou bien elle va jusqu'à constituer des peuplements complets. L'Erable sycomore, naturel ailleurs en France, est ici une autre espèce allochtone et pouvant exercer une concurrence problématique pour les espèces autochtones, notamment les chênes.

Flore et fonge

Environ 280 taxons de végétaux vasculaires (espèces ou sous-espèces) ont été répertoriés sur la réserve, tant dans les milieux forestiers que dans les divers milieux ouverts. Trois espèces sont protégées au niveau régional en Picardie (Cynoglosse d’Allemagne, Orme lisse, Véronique en écusson). 57 au total sont déterminantes ZNIEFF pour les Hauts-de-France, dont seulement deux sont classés vulnérables sur la liste rouge régionale (Œillet couché, Millepertuis des montagnes).

65 espèces de bryophytes ont été inventoriées, dont 18 considérées comme remarquables et parmi elles 16 déterminantes ZNIEFF Hauts-de-France et une espèce protégée, le Dicrane vert.

Un inventaire des lichens réalisé en 2019 a permis d'identifier 83 taxons dont 13 considérés comme patrimoniaux, plaçant la réserve parmi les plus remarquables du domaine atlantique en France.

Faune

Les Beaux Monts présentent un intérêt patrimonial majeur sur le plan entomologique, tout particulièrement pour les coléoptères saproxyliques. Cette richesse est due à la conservation de très vieux et gros arbres, à la présence de grosses chandelles avec champignons, de nombreux arbres sénescents ou à cavités, à la quantité importante de bois mort au sol. Le volume de bois mort total est très important : 76 m3/ha.

Sur plus de 380 espèces de coléoptères saproxyliques identifiées, 61 sont bioindicatrices de la qualité des forêts françaises. On note en particulier la présence de 6 espèces avec un indice patrimonialité de 4, et de 4 espèces inscrites à l'annexe 2 de la directive Habitats : le Taupin violacé, le Pique-prune, le Grand Capricorne et le Lucane cerf-volant ; les deux premières sont de loin les plus remarquables, mais la présence des quatre est d'autant plus significative du caractère exceptionnel du site des Beaux Monts, au niveau national et même européen.

Les odonates, avec 23 espèces (dont la Leucorrhine à gros thorax), concernent essentiellement les Mares Saint-Louis, qui accueillent également 9 espèces d'amphibiens.

Les deux secteurs de la réserve sont connus des ornithologues pour la présence de populations reproductrices d’oiseaux cavicoles d’intérêt patrimonial, telles que le Gobemouche noir, le Grimpereau des bois, le Pouillot siffleur ou encore 5 espèces de Pics. Sur un total de 58 espèces d’oiseaux contactées (dont 55 nicheuses), trois espèces nicheuses sont inscrites à l’annexe 1 de la directive Oiseaux : la Bondrée apivore, le Pic mar et le Pic noir.

Les chiroptères (18 espèces sur les 22 connues dans les Hauts-de-France, dont 5 inscrites à l'annexe 2 de la directive Habitats : Barbastelle d’Europe, Grand Murin, Murin à oreilles échancrées, Murin de Bechstein et Petit rhinolophe) bénéficient particulièrement de la richesse en microhabitats forestiers (arbres à cavités…) ainsi que des milieux ouverts favorables comme zone d'alimentation (mares, proximité de l'allée des Beaux Monts).

Gestion

Depuis la fin du XIXe siècle, au fil des aménagements forestiers successifs, le site des Beaux Monts a fait l'objet d'une gestion extrêmement conservatoire, ne prévoyant que des interventions très limitées pour renouveler les peuplements. En atteste l'âge exceptionnel qu'ont pu atteindre, un siècle et demi plus tard, non seulement les chênes plantés au XVIe siècle, mais aussi les hêtres venus en sous-étage de la chênaie. Toutefois, avec la multiplication des tempêtes comme des épisodes de sécheresse, la préoccupation du renouvellement de ces vieux peuplements était devenue grandissante.

Avec la création de la réserve biologique, il a été décidé de laisser les vieux peuplements en libre évolution et d'intervenir uniquement dans les trouées naturelles pour des interventions nécessaires à la régénération de la chênaie : enclos de protection contre les ongulés, travaux de dégagement des semis de chêne et d'élimination de la concurrence d'essences introduites (Cerisier tardif, Erable sycomore), éventuellement complément de plantation de chênes sessiles d'origine locale. Pour ces raisons, qui ne concernent qu'une part très réduite de la surface de la réserve, celle-ci a été classée en réserve biologique dirigée (RBD) plutôt qu'intégrale (RBI). Dans le site voisin du Mont du Tremble (hors réserve), dans le cadre de Natura 2000, il est prévu une gestion multifonctionnelle plus interventionniste dans la chênaie.

Dans le site des Mares Saint-Louis, les peuplements forestiers sont également laissés en libre évolution mais les mares sont l'objet d'actions de gestion conservatoire.

Pour les Beaux Monts, l'accueil du public représente une composante majeure de la gestion, comme depuis la fin du XIXe siècle mais avec des enjeux de sécurité qui n'ont fait que se renforcer au cours des dernières décennies avec le vieillissement des peuplements. En 2022, un sentier pédagogique a été créé en bordure de la réserve, afin d’expliquer aux visiteurs l’importance patrimoniale de ce site, la libre évolution des peuplements dans les parcelles et donc la nécessaire fermeture de certains chemins non sécurisés.

Enfin, les études sont une autre part importante de la gestion et de la valorisation de la réserve. Elles impliquent l'ONF et ses réseaux naturalistes, les associations et les scientifiques locaux.

Ressources