Réserve biologique dirigée du Littoral de Saint-Philippe
Sur l'île de La Réunion, la végétation présente à l'origine sur le littoral a disparu ou a été très fortement modifiée en raison de l'occupation humaine très dense sur cette portion du territoire. Quelques reliques de cette végétation subsistent encore en bon état de conservation dans le sud-est de l'île. Les mieux préservées ont été érigés en une réserve biologique dirigée afin de sauvegarder ce patrimoine original et raréfié.
On trouve dans cette réserve un grand nombre de plantes qui sont inféodées à cette frange littorale, car elles ont besoin du sel déposé par les embruns pour leur maintien. Plusieurs d'entre elles sont endémiques et protégées. La réserve abrite également la plus grande colonie de Noddi Brun présente sur l’île, oiseau marin qui niche sur les falaises basaltiques.
Sur quelque 5 kilomètres de littoral, la RBD du Littoral de Saint-Philippe est concernées par les ZNIEFF de type 1 "Pointe du Tremblet", "Puits arabe - Ravine Ango", "Pointe Nelcy - Quai Henri Dalleau" et "Littoral de Basse vallée". Elle fait partie de l'aire d'adhésion du Parc national de La Réunion.
Créée en 2020, la RBD a reçu dès 2021 le label de la "Liste verte des aires protégées" décerné par l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), en même temps que la RBD de la Forêt de Bois de Couleur des Bas, également sise sur la commune de Saint-Philippe (de même que la RBI des Hauts de Saint-Philippe, ces trois réserves faisant partie du massif forestier de la Coloraie du Volcan Sud). Cette distinction récompense la qualité de la gestion du site depuis déjà une quinzaine d'années avant la création effective de la RBD.
Un sentier pédestre balisé longeant la réserve permet d’admirer ces paysages littoraux uniques, qui reposent sur les trottoirs et falaises basaltiques situés au pied du Piton de la Fournaise.
©Blablaprod/ONF
©Julien Triolo / ONF
Histoire
La réserve biologique du Littoral de Saint-Philippe concerne une portion du littoral de La Réunion où les écosystèmes naturels ont été exceptionnellement préservés, par rapport au reste de l’île. Cet état de préservation des milieux naturels a plusieurs raisons historiques.
Tout d’abord, cette région a été une des dernières colonisées à La Réunion du fait de sa proximité avec le volcan de la Fournaise, espace longtemps considéré comme "hostile".
Ensuite, cette zone littorale a été historiquement protégée par le statut des "50 pas du Roy", destinée à permettre la circulation des troupes et la défense des frontières du territoire. En 1946, la départementalisation intervient : ce changement ne s'accompagnera pas d'une remise en cause du statut foncier, mais le transformera en "zone des 50 pas géométriques". Les zones en milieux naturels furent affectées à l'administration des Eaux et Forêts, puis à l'ONF.
La croissance économique et démographique qui a suivi la départementalisation a fait peser une pression importante sur les aires littorales à La Réunion. Cependant, la Loi littoral de 1986 a conforté le statut de protection de ces zones littorales particulièrement menacées, qui ont également été mises en exergue dans le Schéma d'Aménagement Régional (SAR).
En 2003, lors de la révision d’aménagement de la forêt de la Coloraie du Volcan, l’ONF propose la création d’une réserve biologique sur le littoral à Saint-Philippe, avec pour principal objet d’assurer la préservation de ces milieux naturels littoraux encore en très bon état de conservation. La réserve est créée en 2020 et devient la première aire protégée sur le littoral à La Réunion.
Géologie - Pédologie
Située sur le flanc sud-est du Piton de la Fournaise, le substrat de la RBD est issu de coulées basaltiques récentes (moins de 8000 ans), subactuelles et actuelles (moins de 5000 ans).
Au plus près du rivage, on observe une alternance de trottoirs et de falaises basaltiques plus ou moins hautes, entrecoupés par endroits par des ravines.
Le sol est absent sur les premiers mètres au contact direct avec l’océan. Avec le gradient décroissant de salinité, la désagrégation mécanique du substrat basaltique et l’action des systèmes racinaires, le sol s’épaissit progressivement pour aller jusqu’à 20 cm à l'intérieur de la réserve.
on peut observer des coulées de lave comme si elles venaient de refroidir
©Julien Triolo / ONFoù la végétation supralittorale est la plus développée
©Julien Triolo / ONFoù la bande de végétation supralittorale est plus étroite
©Julien Triolo / ONFune des plus jeunes plages au monde
©Julien Triolo / ONFMilieux naturels
Le gradient de salinité est un facteur essentiel de la zonation de la végétation sur les falaises et les trottoirs basaltiques. Depuis le rivage, on rencontre d'abord une zone de végétation supralittorale où l'influence du sel est plus ou moins sensible (bande perhaline, puis mésohaline, puis oligohaline), puis une zone adlittorale où la salinité disparaît.
Les espèces indigènes occupent une position particulière sur le gradient de salinité et forment des communautés végétales originales. Globalement, on constate que la salinité a maintenu une dynamique naturelle de la végétation au plus près du trait de côte, dans la zone supralittorale. A l'exception de l'espèce d'arbre introduite qu'est le Filao, qui parvient à s'implanter localement dans cette zone, les espèces indigènes parviennent à résister face aux espèces allochtones jusqu'à la distance du rivage où la salinité a presque disparu
Globalement, depuis le rivage, on observe d’abord des zones où les rochers sont sans végétation, puis des habitats dominés par plusieurs herbacées indigènes, puis par des arbustes indigènes et enfin par des espèces d’arbres. Plus il y a d’arrivées d’embruns, plus la végétation est de faible hauteur. On observe notamment, au plus près du rivage, une pelouse naturellement rase, dominée par Zoisia matrella. qui est très caractéristique de ce paysage côtier du sud-est de l’île.
L'agriculture et l'urbanisation ont altéré profondément la forêt adlittorale originelle. Seules quelques espèces forestières, reliques de cette forêt adlittorale, subsistent et permettent de matérialiser la frontière virtuelle entre l'oligohalin et l'adlittoral, où la contrainte saline disparaît et où la végétation indigène est d'autant plus vulnérable face aux espèces allochtones.
©Julien Triolo / ONF
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elle a fait l'objet de reconstitution écologique par les forestiers depuis les années 2000
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49 espèces végétales indigènes ont été recensées dans la réserve biologique, dont la plupart sont des halophiles (liées aux embruns). Parmi elles, deux espèces endémiques de La Réunion sont particulièrement rares à l’échelle de l’île et sont protégées : la Bois d’éponge et la Lavangère. On observe également une fougère typique des zones de mangrove dans la zone tropicale, qui apparaît ici grâce à des flaques d’eau saumâtres : Acrostichum speciosum, qui est également protégée.
Les espèces végétales allochtones sont pour la plupart présentes dans les zones les moins soumises aux embruns, au niveau de la zone adlittorale : on en dénombre actuellement près de 70. Une espèce d’arbre en particulier, le Filao, parvient à s’implanter au plus près du rivage, aux dépens des espèces endémiques halophiles.
Un inventaire des bryophytes mené en 2006 a révélé la présence 12 espèces, dont deux nouvelles pour La Réunion.
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une des rares espèces d'arbres endémiques à résister aux embruns
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La réserve biologique du Littoral de Saint-Philippe abrite, dans le secteur de Basse Vallée, le plus grand site de nidification d’une espèce d’oiseau marin, le Noddi brun. Plus de 350 individus peuvent être présents dans cette colonie au niveau d’une falaise basaltique, avec une centaine de localisation de nidification différentes.
En 2023, un inventaire entomologique a permis d’identifier plus de 60 espèces d’insectes et 57 espèces d’araignées. Quatre espèces de mollusques ont également été identifiées lors de cette étude, dont une espèce endémique de La Réunion.
©Julien Triolo / ONF
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Gestion
L’objectif principal de la RBD du Littoral de Saint-Philippe est la conservation des habitats naturels littoraux et des espèces qui y sont inféodées via :
- la préservation et restauration des habitats supralittoraux,
- la restauration des habitats adlittoraux,
- la conservation des plantes rares et protégées,
- la préservation des sites de nidification d’oiseaux marins,
- la maîtrise rigoureuse du foncier
Des chantiers de lutte et de restauration écologiques sont réalisées tous les ans dans la réserve. L’élimination du Filao, qui envahit la végétation littorale, permet un retour rapide de la flore indigène halophile, dont des espèces endémiques très rares à l’échelle de l’île.
Dans la zone adlittorale, le Bois d’Eponge a fait l’objet de plusieurs opérations de renforcement de population, afin d'augmenter significativement les effectifs de cet arbre endémique rarissime et dont la principale population se situe dans la RBD. Près de 450 individus ont été plantés de 2011 à 2015 (dont 421 encore présents au dernier suivi en 2023).
Plusieurs inventaires et suivis floristiques et faunistiques ont été réalisés, dont un état des lieux détaillé de la colonie de Noddi bruns, visant à mieux quantifier le nombre d’individus présents. Des mesures de préservation de la colonie ont été prises à la suite de cette étude.
Une surveillance régulière de la réserve est assurée par les agents de l’ONF, pour maintenir les milieux dans leur état de conservation exceptionnel et protéger la flore et la faune. Le périmètre de la réserve, sur un littoral soumis à une forte pression foncière, est également surveillé pour éviter tout empiétement.
ils font l'objet d'un suivi régulier
©Julien Triolo / ONFla réserve constitue un site privilégié pour découvrir ou étudier les habitats littoraux à la Réunion
©Julien Triolo / ONF