Réserve biologique dirigée du Canigou
Alerte : Canicule : risque d'incendie très sévère
Les Pyrénées-Orientales, l’Aude, l’Hérault, le Gard, les Bouches-du-Rhône et le Vaucluse sont en vigilance rouge avec un risque de feux de forêt et de végétation très élevé. - En savoir plus
Situé à l'est de la chaîne pyrénéenne, le massif du Canigou domine par un imposant dénivelé la plaine du Roussillon et les rivages du Golfe du Lion. Tel une presqu'île géologique, il se détache nettement des autres grands reliefs de la zone frontalière France-Espagne ou du massif du Madres.
Au sein de la forêt domaniale du Canigou, la réserve biologique englobe le haut bassin versant du Cady. Très touristique, le site est parcouru par de nombreux itinéraires de randonnée dont le GR10.
La réserve est concernée par trois ZNIEFF de type 1 : "Vallée de la Llipodère" et "Haute vallée du Cady", entièrement sises dans la RBD, et "Flanc nord du massif du Canigou" englobant le reste de la réserve. L'ensemble est inclus dans une ZNIEFF de type 2 couvrant tout le massif et dans la ZICO "Massif du Canigou – Carança"
La RBD du Canigou fait partie du PNR des Pyrénées Catalanes. Le massif constitue aussi un site classé à partir duquel a été constitué le Grand Site de France "Massifs et balcons du Canigó".
La quasi-totalité du territoire de la réserve est incluse dans deux sites Natura 2000 complémentaires : la ZPS "Canigou - Conques de la Preste" et la ZSC "Massif du Canigou". Enfin, à l'ouest, la RBD du Canigou est contigüe à la RNN de Py.
forêt, landes, pelouses, milieux rocheux
©Bernard Latour / ONFHistoire
Sous l’Ancien Régime, la majorité des terrains du flanc nord du massif du Canigou, intégrant pâturages et boisements, étaient des biens ecclésiastiques (le bois de Mariailles et ses environs étaient propriété de l’abbaye de Saint-Martin-du-Canigou). A la Révolution, le clergé est exproprié, les terrains deviennent propriété de l’Etat et le restent jusqu’à nos jours.
Du Moyen-âge au milieu du XIXe siècle, le massif du Canigou a connu le développement d'activités agricoles et pastorales, de l’exploitation forestière, d'activités minières et de production de charbon de bois. Economie vivrière et activités industrielles ont conduit à un déboisement d’ampleur, une ouverture généralisée des paysages et une forte dégradation des sols.
A partir de la deuxième moitié du XIXe siècle, dans le contexte de mise en œuvre des lois sur la RTM (Restauration des Terrains en Montagne), l’Etat développe les forêts domaniales et en rationalise la gestion : en 1891, la forêt domaniale du Canigou est créée, par réunion des terrains domaniaux préexistants à forte vocation RTM (Vernet-les-Bains, Fillols et Taurinya). En 1980, la forêt domaniale est étendue fortement vers l’est et l’ouest par regroupement avec les forêts domaniales de Casteil, du Llech et de Valmanya.
Depuis la création de la forêt domaniale, le site de la future réserve biologique a connu peu d'interventions sylvicoles, qu'il s'agisse d'exploitations ou de rares plantations. La gestion a été très conservatoire. Les boisements actuels sont en partie de la forêt ancienne (secteurs qui étaient déjà boisés il y a deux siècles) et pour partie de la forêt récente issue d'un redéveloppement spontané sur des espaces autrefois déboisés. Les peuplements actuels sont pour partie subnaturels, n'ayant plus été exploités depuis au moins un demi-siècle voire bien davantage.
La RBD du Canigou a elle-même une histoire déjà ancienne. L'intérêt écologique du massif a été mis en évidence dès le début du XXe siècle par d'éminents scientifiques, notamment des entomologistes qui ont découvert et identifié de nombreux taxons dans la haute vallée du Cady. Dans les années 1980, cet intérêt a motivé la compilation d'un état des lieux naturaliste et la constitution d'un premier rapport visant à proposer le classement en réserve biologique de la haute vallée du Cady, réalisé par l'Association Charles Flahault. Concrétisée en 2024, la création de la RBD du Canigou, fruit de nombreuses études naturalistes et d'une longue concertation, repose sur un socle historique et une volonté ancienne et régulièrement affirmée.
Géologie - Pédologie
Le massif du Canigou est un relief jeune composé de roches anciennes. La configuration actuelle, complexe, dérive d’un long enchaînement de processus orogéniques, érosifs et sédimentaires.
Au Précambrien, les terrains étaient émergés et formaient un socle granitique. A partir du Cambrien, une première phase d’immersion océanique, très longue, a entrainé le recouvrement de ce socle par des dépôts sédimentaires : calcaires, dolomies, puis argiles. Plus tard, l’orogenèse hercynienne a bouleversé cette configuration et influencé durablement l’évolution géologique. Elle a provoqué la formation de gigantesques plis couchés et de failles, dans lesquels les matériaux préexistants furent charriés et remaniés. Ces phénomènes ont produit de nouveaux types de roches et un réagencement complexe des formations en profondeur.
Bien que les roches constitutives du massif soient anciennes, les reliefs sont beaucoup plus récents : la genèse des Pyrénées ne commence qu’au début du Tertiaire, dans le cadre du cycle "alpin". Par la suite, au Quaternaire, le massif du Canigou a été modelé par des glaciers au-dessus de 1900 m d'altitude.
Les substrats géologiques de la réserve sont variés : roches plutoniques (leucogranites), roches métamorphiques (orthogneisse et micaschistes), formations glaciaires, formations sédimentaires récentes (éboulis, colluvions).
Les sols en découlant sont également variés mais principalement acides : sols bruns mésotrophe à ocreux, sols ocres podzoliques, podzols et rankers, lithosols, sols colluviaux et de rares sols alluviaux.
©Marine Delmas / ONF
Milieux naturels
Le territoire de la RBD s'étage de 850 à 2733 m d'altitude et se trouve à la confluence d'influences climatiques majoritairement méditerranéennes et montagnardes, et atlantiques à la marge. Il est caractérisé par un étagement bioclimatique important, permettant l'expression de séries de végétation allant de l'étage supraméditerranéen à l'altiméditerranéen. Sur très peu de distance, la réserve réunit des types d'habitats naturels très différents.
Les milieux forestiers sont variés. Ils sont dominés en surface par les pineraies de Pin à crochets d'ombrée ou de soulane (CB : 42.4 - N2000 : 9430) et les sapinières acidiphiles (42.13 - 9410). Sont également présentes des châtaigneraies (41.9 - 9260), des tillaies de ravins (41.4 – 9180*), des hêtraies acidiphiles à tendance atlantique (41.12 – 9120), des yeuseraies (45.313 - 9340), des chênaies pubescentes (41.7), des chênaies sessiliflores acidiphiles (41.56), des aulnaies-frênaies (44.3 - 91E0*).
Les milieux ouverts sont majoritairement constitués de landes et de pelouses : landes à Rhododendron ou Loiseleurie (31.4 – 4060), à Genêt purgatif (31.84 - 5120), à génévriers (31.88 - 5130) ; pelouses à Gispet, à Fétuque paniculée ou à Fétuque fausse-canche (36.3).
Les milieux rocheux sont très développés, en situations fraîches ou chaudes selon l'exposition, avec des falaises siliceuses (62.2 - 8220) et des éboulis (61.1 - 8110 ; 61.33 – 8130).
Enfin, des milieux humides, présents de manière éparse sur ce massif plutôt sec, viennent compléter cette diversité : tourbières (51 – 7110), étangs d’altitude, mégaphorbiaies (37.8 - 6430).
©Bernard Latour / ONF
©Nicolas Drapier / ONF
©Nicolas Drapier / ONF
©Sylvain Derail / ONF
Flore
La très grande diversité d’habitats naturels présents dans la réserve est favorable à l’expression d’une flore également très riche. Toutefois, si le massif du Canigou a été parcouru de longue date par d’éminents botanistes tels que Charles Flahault, il n’existe pas d’inventaire récent et exhaustif centré le périmètre de la RBD. En cet état partiel des connaissances, environ 400 espèces de la flore vasculaire, au minimum, sont présentes dans la réserve.
Environ 80 espèces sont considérées comme remarquables à divers titres (protégées, menacées, déterminantes ZNIEFF). Quatre sont protégées au niveau national, des milieux rocheux aux tourbières : Androsace de Vandelli, Rossolis à feuilles rondes, Gagée jaune, Saxifrage fausse-mousse.
©Bernard Latour / ONF
©Vincent Parmain / ONF
Faune
La diversité et la richesse de la faune de la réserve sont à la mesure de celles des habitats naturels et de la flore.
L'intérêt des entomologiste pour ce territoire est ancien mais les connaissances restent partielles et certains groupes a priori importants (orthoptères, odonates) encore peu connus. Parmi les lépidoptères, on dispose de données récentes pour 87 espèces et de données plus anciennes pour 150 autres. Parmi les premières, 9 sont considérées comme remarquables, dont le Damier de la Succise (PN, DH2 et 4), l'Apollon et le Semi-Apollon (PN, DH4). Un inventaire partiel des coléoptères saproxyliques mené par le réseau Entomologie de l'ONF, limité aux forêts résineuses d'altitude, a déjà permis d’identifier 110 espèces dont 13 remarquables.
Les torrents, lacs d'altitude et autres milieux humides constituent l'habitat d'une seule espèce de poisson (la Truite fario, avec une souche autochtone) et d'un nombre plus important d'amphibiens, dont l'Euprocte (ou Calotriton) des Pyrénées (PN, DH4).
Les reptiles sont en partie limitées par l'altitude, mais on en a trouvé 6 espèces dont la Couleuvre verte et jaune, le Lézard vert occidental et le Lézard des murailles (PN, DH4).
L'avifaune est particulièrement riche. On dispose de données récentes pour une centaine d'espèces d'oiseaux, dont pas moins de 13 espèces nicheuses inscrites à la l'annexe 1 de la directive Oiseaux, des passereaux aux galliformes et aux rapaces, des forêts aux falaises en passant par la landes et pelouses : Aigle botté, Aigle royal, Alouette lulu, Bondrée apivore, Chouette de Tengmalm, Circaète Jean-le-Blanc, Crave à bec rouge, Engoulevent d'Europe, Faucon pèlerin, Grand-duc d'Europe, Lagopède des Pyrénées, Perdrix grise des Pyrénées, Pic noir. D'autres sont de passage ou potentiellement nicheuses, dont le Vautour fauve, le Percnoptère et le Gypaète. Le Grand tétras et la Perdrix grise des Pyrénées sont deux autre espèces nicheuses remarquables de la réserve.
Parmi les mammifères, l’espèce la plus emblématique est l’Isard, largement présent sur le massif. Les autres ongulés sont le Sanglier, le Chevreuil, le Cerf et le Mouflon (ces trois dernières espèces ayant été introduites dans le massif). Infiniment plus discret, le Desman des Pyrénées (PN, DH2 et 4) est présent dans certains cours d’eau, signe de leur qualité écologique, de même que la Loutre (PN, DH2 et 4).
©Bernard Latour / ONF
©Laurent Angel / ONF
©Laurent Angel / ONF
Gestion
Les objectifs principaux de la réserve biologique du Canigou sont de conserver et développer toute la diversité de son patrimoine naturel, selon deux grandes orientations :
- assurer la libre évolution des peuplements forestiers ;
- gérer activement les milieux ouverts, notamment par la pratique encadrée du pastoralisme.
Cette dualité de gestion a mené à subdiviser la réserve entre une zone en libre évolution correspondant principalement aux milieux boisés ou rocheux (615 ha) et une zone en gestion conservatoire ouverte aux activités pastorales et à diverses actions de gestion conservatoire d'habitats naturels ou espèces remarquables (1830 ha).
La préservation du patrimoine de la réserve passe également par sa prise en compte dans le cadre des activités de loisir, sur un territoire très fréquenté par le public attiré par divers loisirs natures (randonnée, canyoning, escalade...). L'accueil, l'information et la sensibilisation du public constituent une composante importante de la gestion de la réserve, complétée par la nécessaire règlementation de certaines activités : limitation de la circulation des vélos ou chevaux à certains chemins et sentiers balisés, interdiction des drones, obligation de tenir les chiens en laisse... à quoi s'ajoutent des réglementations non spécifiques à la réserve car applicables partout en forêt comme en particulier l'interdiction des feux.
Les études sont un autre volet essentiel de la gestion de la réserve, depuis les compléments d'inventaires naturalistes jusqu'au suivi des différents milieux naturels et de leurs cortèges d'espèces en contexte de changement climatique. Elles associent l'ONF à divers partenaires dont des associations naturalistes, d'autres gestionnaires d'espaces naturels et des organismes de recherche.
©Laurent Angel / ONF
©Bernard Latour / ONF