Réserve biologique intégrale de la Noire Vallée
La réserve biologique de la Noire Vallée se trouve à l'ouest du département de la Meuse, dans la région naturelle de la Champagne Humide, à une dizaine de kilomètres au sud du massif de l'Argonne.
Elle se situe dans un grand massif forestier relativement plat, à une altitude moyenne de 180 m. Elle est entourée aux deux tiers de forêt domaniale et pour le tiers restant de zones agricoles et d’un étang privé.
La réserve est concernée par la ZNIEFF de type 1 Boisements de la Noire Vallée en forêt domaniale de Lisle-en-Barrois, qui est précisément centrée sur la RBI, et par l'ENS Bois d'Arcy-Fays. Au titre du réseau Natura 2000, la réserve fait partie de la ZSC Forêt des Argonnelles et la forêt domaniale toute entière est incluse dans la grande ZPS Forêts et étangs d'Argonne et vallée de l'Ornain.
La réserve tient son nom de la Nouelle (ruisseau) de la Noire Vallée, qui la traverse et le long de laquelle s'est développé un beau complexe de forêt humide. Pour l'anecdote, à 0,3 km en aval de la réserve, ce petit cours d'eau se jette dans la rivière de l'Aisne, qui prend sa source à une quinzaine de kilomètres et se jette dans l'Oise quelque 340 km en aval après avoir longuement parcouru la Champagne et une partie de la Picardie.
©Nicolas Drapier / ONF
Histoire
La RBI de la Noire Vallée couvre la plus grande partie du canton forestier du Bois Lecomte, ancienne propriété royale devenue domaniale à la Révolution. L'ancienneté de l'état boisé est attestée par la présence de la forêt de Lisle sur la carte des Naudin, carte ancienne (1738) n'existant qu'en Lorraine, et sur les minutes de la première carte d'état-major, levée au cours de la première moitié du XIXe siècle.
La forêt était autrefois traitée en taillis sous futaie. Après 1950, toutes les parcelles de la future RBI ont fait l'objet de coupes d'amélioration, préparatoires à une conversion vers une futaie régulière. Mais les peuplements conservent encore souvent une structure héritée de l'ancien traitement en TSF, avec de gros chênes ou hêtres de futaie et un sous-étage de Charme et autres feuillus.
©Nicolas Drapier / ONF
Géologie - Pédologie
La RBI de la Noire Vallée se trouve majoritairement sur des argiles et marnes de l'Albien (Crétacé moyen), couvertes de limon plus ou moins épais (jusqu'à 60 cm).
Une grande partie des sols sont à engorgement temporaire. Mais on trouve aussi sur un quart de la surface de la réserve des sols bruns limoneux, plus profonds et mieux drainés, parfois faiblement lessivés et hydromorphes.
©Nicolas Drapier / ONF
Milieux naturels
Le site de la réserve présente toute la gamme des habitats forestiers typiques du massif de Lisle, depuis la forêt alluviale voire marécageuse jusqu'à la hêtraie, en passant par les chênaies pédonculées ou frênaies.
Dans la partie aval du vallon de la Noire Vallée, souvent inondée en hiver, on trouve une frênaie-ormaie alluviale à Orme lisse (CB : 44.3 - N2000 : 91E0). Plus en amont, elle est remplacée par l'aulnaie-frênaie dite "des ruisselets et des sources". Ces habitats ont une flore mésohygrophile avec des espèces vernales recouvrantes (Ficaire, Ail des ours...) et une végétation de mégaphorbiaie en été.
Les dépressions les plus humides sont occupées par une aulnaie marécageuse (44.91).
Un peu plus en hauteur et sur sols déjà moins humides, sur 70% de la surface de la réserve, la forêt passe à des chênaies pédonculées-charmaies ou des frênaies-chênaies pédonculées (41.23 - 9160).
Dans les parties les plus hautes de la réserve, sur les sols limoneux plus ou moins profonds, peu à non hydromorphes, on trouve la hêtraie neutrophile (41.13 - 9130) représentée par des sylvofaciès à hêtre, chêne pédonculé et chêne sessile et à sous-étage de charme, issus de l'ancien traitement en taillis sous futaie.
Il faut également signaler la Nouelle de la Noire Vallée et son affluent le ruisseau du Vieux Four, cours d'eau intraforestiers en bon état de conservation grâce à leur bassin versant boisé.
Enfin, une petite cariçaie à Laîche des rives s’est développée contre la digue de l’étang.
©Nicolas Drapier / ONF
en fin d'hiver, "les pieds dans l'eau"
©Nicolas Drapier / ONFavec tapis d'Ail des ours
©Nicolas Drapier / ONF©Nicolas Drapier / ONF
Flore et fonge
La flore vasculaire de la réserve est riche en espèces grâce à la diversité des conditions stationnelles, mais elle est essentiellement constituée d'espèces communes, typiques des habitats forestiers présents.
Du fait de sa position en limite orientale du domaine atlantique, la RBI comporte à la fois des espèces atlantiques, comme le Houx, la Cardamine amère ou la Fausse fougère mâle (Dryopteris affinis ssp. affinis) et des espèces continentales.
L’Orme lisse, espèce assez rare mais typique de la frênaie-ormaie alluviale, présente au moins une dizaine de sujets de diamètre important (> 40 cm).
Le lichen poumon (Lobaria pulmonaria) est présent à l'état très disséminé, notamment dans les boisements les plus humides.
une spectaculaire curiosité botanique de la réserve
©Nicolas Drapier / ONFFaune
Les peuplements de la réserve sont favorables à une riche faune d'invertébrés aussi bien que de vertébrés cavicoles (oiseaux, chiroptères).
Un inventaire réalisé de 2009 à 2011 par le réseau Entomologie de l'ONF a mis en évidence 157 espèces de coléoptères saproxyliques, dont 58 espèces bioindicatrices de la qualité des forêts françaises, conférant au site un intérêt de niveau national.
Un inventaire des syrphes réalisée de 2015 à 2017 a permis de trouver 100 espèces, dont 14 patrimoniales, indiquant aussi une bonne qualité écologique des forêts humides, en particulier de l’aulnaie-frênaie, tout en relevant un déficit des gros arbres morts debout ; un prochain inventaire permettra de voir si la situation a évolué favorablement.
La réserve présente également un intérêt pour les lépidoptères. Lors d'une étude sur les rhopalocères réalisée en forêt de Lisle de 2017 à 2019, 49 espèces ont été trouvés dans la réserve dont une espèce protégée, le Cuivré des marais (DH4, PN). Quant aux hétérocères, 257 espèces ont été trouvés dans la réserve en plusieurs études depuis 2011, dont le Sphinx de l'Epilobe (DH4, PN).
Les ruisseaux de la réserve hébergent un petit poisson remarquable, le Chabot (DH2 et 4). Grâce aux nombreux milieux humides, sept espèces d'amphibiens ont été trouvées.
La forêt de Lisle est riche en espèces d’oiseaux patrimoniales, dont beaucoup sont associées à des forêts matures. L'avifaune de la réserve a été étudiée par l'ONF en 2011-2012 puis 2018-2019. Lors de cette deuxième étude, 83 espèces, dont 63 nicheuses, ont été contactées sur l’ensemble de la forêt, dont 39 dans la RBI. Quatre sont inscrites à l'annexe 1 de la directive Oiseaux : Bondrée apivore, Milan noir, Pic noir, Pic mar. Plusieurs autres espèces cavicoles sont à signaler : Grimpereau des bois, Gobemouche à collier, Pigeon colombin, Rougequeue à front blanc. Par ailleurs, la présence de nombreux étangs et ruisseaux dans le secteur attire des espèces telles que la Cigogne noire, qui a niché dans la réserve pendant une dizaine d’années, ou le Balbuzard pêcheur qui a niché à proximité.
Un inventaire partiel des chiroptères réalisé en 2010 sur le massif forestier de Lisle a permis de contacter 15 espèces dont cinq dans la RBI.
Gestion
Aucune intervention ne sera réalisée dans les peuplements de la réserve, hormis des travaux de sécurisation du périmètre (route et chemins, propriétés contigües), si des arbres dépérissants ou des bois secs présentent un danger. Les bois coupés seront alors laissés dans la réserve.
Le secteur de la réserve est en libre évolution depuis les années 1990, hormis l’exploitation de quelques chablis après la tempête de décembre 1999. On y rencontre des chênes, frênes et érables champêtres de belles dimensions. L’inventaire dendrométrique réalisé en 2023 montre que les arbres de plus de 67,5 cm de diamètre (catégorie des très gros bois) y sont d'ores et déjà plus nombreux que dans le reste du massif forestier, de même que les gros arbres morts sur pied. Ces peuplements présentent déjà un certain degré de maturité avec cependant un déficit en gros bois mort au sol, que l’évolution naturelle devrait combler. La prochaine campagne de mesures dendrométriques permettra de suivre cette évolution.
Toute circulation, y compris pédestre ou à vélo, est interdite dans la réserve, sauf sur autorisation pour des études et la régulation des ongulés. Les routes forestières qui la bordent sont fermées à la circulation publique des véhicules. La réserve constitue ainsi une zone de quiétude pour des espèces farouches, en particulier certains oiseaux forestiers.
en une vingtaine d'années de libre évolution
©Nicolas Drapier / ONF